De la culpabilité de s’écouter

Il y a un apprentissage qui n’est pas simple à faire quand on est de ceux qui se sont valorisé par la présence aux autres. Celui de s’écouter.

Samedi dernier, j’avais un souper de famille pour un oncle que j’adore. Pour ses 50 ans, ce n’est pas rien. J’avais aussi un autre souper, si je revenais en ville assez tôt, pour l’anniversaire d’un ami avec un nouveau groupe de joyeux lurons pour qui j’ai eu un coup de foudre (je les ai rencontrés en allant garder des enfants que je ne connaissais pas, ni leurs parents, d’ailleurs). Mais laissons ça de côté pour tout de suite.

Il y avait aussi deux activités qui me tentaient dans cette journée magnifique (n’oublions pas que samedi, c’était un temps à ne pas mettre une rousse dehors!): les portes ouvertes des ateliers d’artistes coin Ontario et De Lorimier; le vernissage chez Raplapla coin Villeneuve et St-Urbain. Une seule folle assez folle pour parcourir la ville avec moi: Aimée. On se fait signe assez tôt, vers 1h30 on est en route. Après un dîner au Capri, on est pleines (je roule presque) et on a un peu moins d’entrain et de courage à courailler la ville d’est en ouest. Décision: autobus Rosemont, marche vers Raplapla et Camellia (mon amie doit y être pour 17h, pas grave, je dois être à Ahunstic pour 16h30). Gardons ça en tête pour tout de suite.

En passant devant la nouvelle bibliothèque Marc-Favreau, on impulsionne d’aller y jeter un œil. (J’ADORE LES JOURNÉES D’IMPULSIONS!) La bibliothèque est magnifique. Ça sent la bibliothèque, il y a des gens partout (malgré que ce soit une journée à ne pas mettre rousse dehors!), des coins aménagés avec intelligence où on peut lire en paix. Bref, on y passe un petit 15 minutes bien investies et on ressort avec un sourire presque aussi étincelant que le soleil.

On file chez Raplapla (première journée en robe pas de collants, les filles qui ont un surplus de poids comme moi comprendront la souffrance derrière le sourire: les cuisses qui brûlent de friction, aouch!). J’y vois la moitié féminine du groupe d’amis joyeux lurons chez qui je ne peux pas aller parce que c’est la fête de mon oncle (50 ans, c’est pas rien!) On rit (parce qu’avec ces dames, on rit! Elles sont géniales. Josée et Émilie, vous l’êtes, géniales!) Je peux leur présenter ma douce-moitié-amicale-que-si-c’était-un-homme-on-serait-époux, on boit de la limonade gratuite, on rigole à l’idée de repasser devant les jeunes filles qui en vendent un peu plus loin en disant « han-han! on l’a même pas payée! » (ce qu’on ne ferait jamais… parce qu’on est des bonnes filles!) Et vlan! Aimée et moi repartons rien que sur un bord de cuisse (l’autre est d’une souffrance à écorner les bœufs qui n’amassent pas mousse). Petit fait cocasse: mes médicaments créent une sueur pas possible sur ma personne qui, déjà, avait tendance à avoir chaud facilement. On ajoute à cela un surplus de poids causé par les mêmes médicaments (damnés médicaments!) qui fait que se lever est un effort et un soleil à ne pas sortir sa rousse, ça donne une grosse rouquine moite. Hum. L’image est plus effrayante que la réalité. Sauf que c’est une journée venteuse aussi. Fiou! Bonheur, vous dites-vous. Ben non! Parce que j’ai les cuisses qui chauffent d’avoir trop tapé des mains, je tiens le bas de ma robe pour pas jouer les Marilyn, je reluis et vlan, un coup de vent sorti de nulle part m’envoie une pluie de sable dans la figure. Menoum, me dis-je en recrachant les poussières croquantes de ma bouche avec le peu d’élégance qu’il me reste. J’ai l’impression d’avoir été bétonnée. Pas grave, on réussit à attraper l’autobus! Yé!

Arrivées au Camellia (je ne ferai pas le récit de la longue marche, encore, qui finit d’éroder la peau délicate qu’il me reste dans l’intérieur des cuisses), je commande mon thé en me disant que je dois appeler mon père tout de suite pour lui dire que je n’irai pas finalement au souper de mon oncle. Ça me stresse de l’appeler pour lui dire ça. Beaucoup. Ça me stresse de me dédire d’un souper de famille. Comme si ce n’était pas un droit de manquer une rencontre familiale. Un employé vient s’asseoir avec moi, je lui raconte mon tracas (sans lui parler de mes cuisses qui brûlent, quand même…): souper de famille, important pour mon père dont c’était l’anniversaire la veille, important parce que j’aime mon oncle et sa gang, important parce qu’il n’y a plus beaucoup de rencontres de ce genre, mais difficile pour moi d’affronter la famille même si je vais mieux (les événements sociaux sont encore très anxiogènes pour moi), pas envie de faire semblant que j’aime ma cousine « qu’on ne s’aime pas mutuellement », de faire comme si j’avais oublié cette fois où ma tante m’a envoyé une droite pis un uppercut en pleine tronche alors que j’étais là pour elle depuis un bout, de passer par-dessus le fait que ma cousine que j’aime beaucoup m’a laissée tomber en ne remplissant pas sa promesse alors que ça aurait pu me sortir de ma dépression il y a deux ans… Pas envie de faire comme si. Trop trop difficile de faire comme si. Et je vais bien, là, je veux pas mettre trois semaines à m’en remettre. Puis, bang! Je réalise qu’il est 16h36, que mon frère a tenté de m’appeler. Je sors en trombe, je rappelle mon frère, et je le charge de dire à mon père de ne pas m’attendre, que je ne viendrai pas.

Je me mets à écrire. Belle soirée, finalement. J’ai écrit un chapitre de ce projet auquel je travaille avec ma mère. D’autres employés viennent me dire qu’ils partent boire du vin pas loin et m’invitent à me joindre à eux. Puis une autre vient me voir, l’air un peu tristounette et me demande si je n’irais pas prendre un verre avec elle. Je ferme mes trucs, je l’accompagne pour un verre. En sortant, texto de l’autre gang: viens nous rejoooooindre. Ok! Embrasse l’une, rejoins les autres, dis quelques vulgarités, rires intenses et je repars vers la maison. Belle soirée où je me suis écoutée.

Mais, j’ai manqué deux soirées, finalement. En disant non à mon père, j’aurais dû me rendre à l’autre party, avec mon groupe de joyeux lurons. Mais je me sentais déjà tellement coupable de n’être pas allée fêter mon oncle que j’aime tant, que j’ai opté pour du tout nouveau: on efface et on recommence. Rentrée à la maison, me suis fait une grosse salade et j’ai écouté (500) days of Summer que je voulais voir depuis un bon moment. Soirée parfaite.

Ou presque…

De la culpabilité de s’écouter…

(Depuis, mon père m’a dit qu’il avait compris et je me sens mieux.)

(Même pas attrapé de coup de soleil!)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s