Tout vient à point à qui sait attendre

J’ai l’impression que ça fait des lunes que je n’ai pas écrit par ici. Je n’ai pas vérifié, peut-être que j’ai juste oublié ce que j’ai écrit il y a quelques jours. Ce serait mon genre!

Beaucoup de choses se passent dans le plus grand des calmes. Ça fait du bien d’être calme. D’être occupée, mais de tout gérer comme il faut. 

Ça me laisse du temps pour réfléchir. Réfléchir à ce blogue, par exemple. Quelle est sa ligne directrice. De quoi je suis supposée parler ici? Au début, je voulais que ce soit un blogue pour parler de tout et de rien. Pour construire des textes, simplement. C’est bien ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. J’ai aussi voulu que ce soit un blogue où je pourrais donner des nouvelles sur mon activité d’auteure. Le problème, c’est que l’activité d’auteure, l’été, elle est pas mal morte! Je ne peux pas écrire ici que j’écris. Je l’ai quand même fait. L’activité d’auteure, c’est aussi de se libérer du temps, de l’espace dans la tête, pour penser, pour laisser les idées flirter avec un ordre, une séquence, les laisser se tourner autour pour former des histoires. Je prends ce temps, je me donne cet espace. C’est doux. C’est bon. 

J’ai passé beaucoup de billet à parler de ma dépression. Elle n’est pas fini, on ne sort pas si simplement d’une dépression aussi profonde, en tout cas, je ne ferai pas l’erreur de me penser trop vite sauvée. Elle n’est pas finie, mais elle se porte bien mieux. Elle s’est tarie dans un coin et me donne toute la place pour que je puisse enfin nager librement. Je sens son poids dans mes orteils. Ça chatouille parfois. Mais ça ne risque plus de me noyer. C’est un tel soulagement que je pourrais danser toute la journée.

Il y a les projets d’édition aussi qui m’emportent. Je suis éditrice pour Tête première. J’ai cet étrange sentiment d’être à ma place et d’être compétente avec un brin d’insécurité et pas mal de symptômes du syndrome de l’imposteur. Les projets sur lesquels je travaille sont diversifiés, passionnants. Sauf que je dois être à la fois l’auteure et l’éditrice pour certains ce qui m’angoisse! Angoisse contrôlable, cependant. 

Puis, mes amis. Mes amis qui me font réfléchir beaucoup. Sur les relations homme-femme. Sur mes recherches personnelles d’un futur amoureux. Sur ce que je cherche vraiment, dans le fond. Ce sont des questions pertinentes à se poser, mais elles remuent plein de choses. J’essaie de ne pas tout mettre sur Je suis bien le monstre que mon ex a quitté pour pas créer d’indigestion! J’aurais tant à dire. Heureusement, une partie de ce projet servira à un projet d’édition qui prend une bonne partie de mon temps. Et hier, j’ai trouvé un partenaire d’écriture pour ce projet. Je n’en parle pas plus pour l’instant. Tout vient à point à qui sait attendre…

Aide-toi et le ciel t’aidera… mais pas le gouvernement!

Aujourd’hui, je marchais en me rendant au café. Il faisait beau. J’ai laissé une douillette chez le nettoyeur. Fière! Ça fait plus d’un an que je voulais laisser cette douillette chez le nettoyeur.

Puis, je suis passée devant le cinéma et me suis dit que je reviendrais plus tard voir un film que je choisirais au hasard. Juste parce que je peux.

En poursuivant ma route jusqu’au Mousse Café, j’ai réalisé comme j’avais retrouvé mon petit plaisir dans les petites choses. J’ai retrouvé mes bonheurs. Je me suis retrouvée. J’ai pris une grande inspiration et je me suis sentie bien, pleine, vivante!

J’ai commencé à travailler vers 10h. Très tôt pour moi. Je commence rarement avant midi. 5h par jour, 3 jours par semaine. Un peu plus les semaines où je me sens bien. Plus mes heures d’écriture, de travail sur mon blogue et sur mes autres projets. J’approche doucement de la trentaine d’heures par semaine, dont 15 payées.

Je ne cherche pas à faire pitié ou à dire qu’on est donc mal payé quand on est artiste. On le sait. Non, j’essaie de dépeindre ma situation: celle d’une personne en retour progressif au travail que les programmes d’aide oublient.

Je gagne environ 1100$ par mois. Là-dessus, je dois tout de suite soustraire 520$ pour mon loyer (un chèque de paie au complet, il ne me reste que 48$ une fois le loyer payé) et 100$ pour mes médicaments. Il me reste trois fois rien pour la bouffe, les transports, les soins des chats et les rares petits plaisirs que je m’offre, parce qu’il est important pour ma santé et mon équilibre que je sorte de chez moi, que je voie des amis, que je m’offre ces rares petits plaisirs. Je n’abuse pas. Une pinte de cidre ici, deux ou trois thés au Camellia Sinensis par mois…

J’ai décidé de prendre les choses en main. J’ai appelé notre cher gouvernement pour voir s’il n’y a pas une mesure toute faite pour moi.

Ben non! Y’en a pas! En plus de me farcir le ton désagréable de la dame au téléphone (l’air de dire, ben non, fille, on n’a rien pour toi, faut que je te le dise combien de fois?), je me fais dire que je n’ai pas le droit à l’assurance emploi parce que j’étais travailleuse autonome, que je n’ai pas le droit à l’aide sociale parce que je travaille trop et que je n’ai pas le droit à l’allocation-habitation parce que je n’ai pas 52 ans et plus. «On n’a rien pour vous, madame!» me dit-elle comme si ce n’était pas grave. Bon, ce n’est pas si grave. Mais c’est déplorable qu’on n’aide pas les gens qui s’aident. Qui travaillent fort pour revenir sans tomber. Qui luttent pour gagner leur croûte malgré des incapacités. Je n’arrive pas à travailler dans un cadre professionnel plus de 15 heures semaines. Les semaines où j’ai essayé d’en faire plus, je suis retombée. Je dois prendre les bouchées une à la fois et il n’existe pas d’aide pour moi.

Ce n’est pas grave. Je ne suis pas à l’article de la mort et je ne meurs pas de faim non plus. J’arrive à joindre les deux bouts parce que j’ai des parents incroyables qui veillent sur moi. Mais que fait-on quand nos parents ne peuvent pas nous soutenir? Que fait-on quand on n’a pas l’entourage qui nous sort du trou quand il manque un 100$ pour terminer le mois?

Gouvernement, on dit « Aide-toi, le ciel t’aidera. » Peut-être que tu n’es pas le ciel, finalement…

Écrire… quoi?

Ce soir, je me sens mélancolique. D’habitude, ça me pousse à écrire. Mais ce soir je vais d’un projet à l’autre et je ne me sens à ma place nulle part. 

J’ai d’abord voulu écrire ce projet sur le célibat. Parfait état pour écrire ça, que je pensais. Ben non! Dans ce projet, je suis plutôt rendue à l’étape recherche qui ne me tente pas ce soir. Il est trop tard pour ça, je m’y attaquer cette semaine. 

Mes yeux fatigués et mes verres de contact usés ne m’aident pas non plus. 

Et quelques histoires de la vraie-vie-qui-est-trop-réelle-et-pas-assez-rêvée-parfois en tête… 

Ne pas y penser. 

Peut-être que je pourrais travailler sur ce projet de roman jeunesse. Mon petit prince que j’ai planté là, dans de sales draps, d’où il devra bien sortir un jour où l’autre! Je travaille sur la 25e version. J’ai commencé ce texte, j’étais encore à l’UQAM dans mon bacc en psychologie. Ou était-ce pendant mon année comme étudiante libre? D’une manière ou d’une autre, ça fait plus de 7 ans que je retourne cette histoire dans tous les sens. Depuis un an, je transforme le texte prévu pour un album en roman. J’ai au moins 4 débuts différents et j’ai du mal à choisir celui qui commencera bien le texte. Difficile! Mais le défi du roman me plaît beaucoup. Je viens de placer le chapitre 3 dans le chapitre 4, et le 4 dans le chapitre 1. Il restera à ajuster les transitions, sabler un peu les arêtes, en espérant que cette fois-ci la charpente tiendra le coup. 

J’avancerais bien aussi ce texte que j’écris à 4 mains avec ma mère, Danielle Marcotte. Une histoire de livraison qui tourne mal, dans un monde inconnu. C’est si agréable de retrouver la complicité de l’écriture à deux avec ma co-auteure de la série Moka et Pica! Mais voilà, on vient encore de revoir l’histoire. La relecture de la première version nous a laissée complètement dégoûtées! Ma mère a réussi à relire le texte au complet. Je n’ai pas dépassé le deuxième chapitre. C’était si mauvais qu’on n’arrivait même pas à réécrire. On est retournées à la base: quelle est l’histoire qu’on veut raconter? Comment l’histoire avancera? Chapitre par chapitre, ça se traduira comment? C’est très stimulant. Cette fois-ci, on est sur la bonne voie… jusqu’à ce qu’on se rende compte que ça ne tient pas la route et qu’on recommence tout depuis le début et qu’on se dise que cette fois-là, on tient vraiment quelque chose! Cent fois sur le métier, qu’ils disent? Cent fois, tu réécriras, en fait! Ça fait partie du plaisir d’être auteure, je crois! C’est comme un casse-tête pour lequel on a égaré l’image sur la boîte. Il faut assembler des morceaux sans trop savoir ce que c’est supposé représenter. J’aimerais bien travailler là-dessus ce soir, mais c’est difficile toute seule à cette étape. 

Tout ce qui me tente, dans le fond, c’est de continuer à lire et à commenter le roman de mon ami. Il m’a demandé de lui donner mon opinion franchement. J’ai accepté. En lisant son manuscrit, j’ai les deux pieds dans mon rôle d’éditrice. J’apprécie de plus en plus ce rôle. Je m’y sens bien. Je sens que je peux y être compétente. J’apprends et j’ai la place pour le faire. Il y a de la pression, il y en a toujours, mais elle est supportable. 

Voilà. Ce soir, je voulais écrire et je viens de le faire. Ce soir, je voulais être éditrice et je l’ai été. 

Peut-être que ce soir, je me coucherai tôt, tout simplement, sans chercher à étirer une soirée mélancolique en nuit qui sert à quelque chose. Peut-être que pour une fois j’accepterai d’avoir pris mon temps, juste ça. Dolce farniente… un jour, j’y arriverai.