Du poil de la bête

Il y a une bête, dans mon histoire. Une bête noire. Une bête qui te ronge de par en-dedans quand tu ne t’y attends pas, quand tu as le dos tourné. Cette bête est comme un cancer. Un cancer de l’âme, de la volonté, de la motivation.

Heureusement, on a trouvé des moyens de la dompter. De la rendre toute petite. Je ne sais pas si elle finit par disparaître vraiment. C’est qu’elle laisse sa trace en anxiété, en traumatismes de toute sorte.

Il y a de la lumière dans cette histoire. De la lumière qui vient de partout. Amis, famille, parents, petits plaisirs, résilience, force de caractère, système de santé. Oui oui! Le système de santé contre lequel on crie tant, il m’a sauvé la vie.

Le problème avec la lumière, quand tu as été habituée à la bête noire, c’est qu’elle éblouit. Qu’elle fait perdre le sens, les sens. Elle te fait perdre ta route. Alors, tu te mets à douter de tout et tu trembles d’effroi parce que l’ombre de la bête noire se dessine dans la lumière. Tu essaies d’oublier. De te concentrer sur ta lumière. Mais la bête noire te traque, menaçante et omniprésente.

Et tu te sens abîmée. Épuisée. Et tu as peur que ton petit bonheur soit un décor en carton. Que tu ne sois faite que pour dompter les bêtes noires. Tu as peur d’être Sisyphe. Que ton nouvel amour se lasse de toi, parce que forcément tu finiras par être lourde et il n’acceptera pas de te porter dans ses bras les jours où tu baisses les tiens.

Et puis tu te félicites d’avoir un nouveau travail. Et tu angoisses de ne pas être à la hauteur. Tu désespères de ne pas arriver à te lever le matin. Tu prends des taxis pour limiter les dégâts de ta non-adaptabilité. Tu n’as donc pas un sous à mettre de côté. Et tu vas tellement mieux que tu ne peux plus avoir d’aide. Mais toi, tu ne vois pas que ça va mieux. Tu entends seulement le râle inquiétant de cette bête qui ne veut pas mourir.

Tu t’imagines le travail idéal. Tu ne te vois bien nulle part. Si. Peut-être ici ou là. Mais tu n’as pas l’expérience ou les sous ou la crédibilité requise. Alors tu te mets à pédaler à toute vitesse dans ta tête. Tu es prise au piège dans la même cage que la bête noire. Et tu tournes en rond.

Puis, un jour que tu écris un texte, tu te rends compte que les petits chatons, sous certaines lumières, projettent des ombres de bêtes meurtrières sur les murs. Et que sûrement, ta bête noire à toi, n’est qu’une question d’ombre et de lumière.

Alors, tu décides de te remettre à respirer. Une bouffée d’air à la fois. Et de ne penser à rien.

Ta bête noire bien assise sur tes genoux. Ronronnant sous tes caresses.

Tu ne te le cacheras pas. La bête n’est pas inoffensive. Mais cette fois, tu connais les moyens à prendre pour la faire taire. Cette fois, tu n’es pas seule. Cette fois, ça ira.

Ça ira.