La dépression, ce n’est pas un choix

Je partage cet article. Je cherchais ce que je pouvais dire pour l’introduire. Rien. Rien de plus. Ce texte exprime totalement ma pensée.

« J’ai choisi le bonheur »… Ta yeule!

Un jour, j’espère trouver les mots pour raconter ce qui se passe vraiment quand on tombe. Parce que la dépression, c’est ça: on tombe dans un trou qui s’ouvre, grand et incontournable, sous nos pieds sans prévenir. Certains vont trouver quelque chose à quoi s’accrocher dans la chute et pourront remonter. D’autres vont finir détruits par l’impact. Ce n’est pas un choix. Le choix est dans ce qu’on fera des ressources qu’on a pour s’en sortir. Et encore là, tout dépend des ressources qu’on a pour s’en sortir, justement.

J’ai eu une belle discussion avec mon amoureux sur ce sujet, d’ailleurs. Est-il possible que certains humains naissent sans le bagage nécessaire pour affronter les pires obstacles de la vie? Un humain qui a un bagage insuffisant pour un type d’obstacle et qui n’a pas l’environnement pour pallier à ses lacunes, il fait quoi? Et à la réponse « Voyons, tout le monde a ce qu’il faut!», je demande juste «pourquoi?» Pourquoi tout le monde aurait-il ce qu’il faut en partant? Y aurait-il eu l’évolution des espèces si tout le monde avait ce qu’il faut pour s’en sortir? Et en même temps, on se nourrit tellement d’espoir quand on est en dépression. On a besoin de se dire que tout le monde peut s’en sortir. C’est vital.

Mais je m’égare. Ce texte. À lire. Et le reste sera dans un prochain billet!

Je suis toujours en retard

Quiconque me connaît un peu sait que j’ai bien du mal à être à l’heure. Je n’arrive pas à l’expliquer. Je ne prévois pas l’imprévu, j’en mets toujours trop dans mon assiette et j’utilise chaque moment libre pour « faire quelque chose » même s’il me reste 2 minutes avant de partir. Bref, je ne suis pas ponctuelle et j’utilise la généralisation excessive pour expliquer ça!

Ce préambule, et mea culpa, me permet d’introduire mon bilan de l’année… en cette fin de mars.

J’aime bien faire des bilans. Ça permet de retenir le positif, de ressortir ce qui a vraiment été important parmi tous les faits divers auxquels on donne trop d’attention. C’est aussi un bel exercice d’écriture.

Je ne sais pas pourquoi je brette à écrire ce bilan. Il est très positif, le bilan de 2015. Le premier vraiment positif depuis 4 ans. C’est pas rien!

Je n’arrive plus à me rappeler de janvier ou février 2015. Ma belle année a commencé en avril. C’était la fin de mon emploi chez Somme toute/Tête première. J’étais triste de ne pas me replacer dans le milieu du livre. Je le suis encore. Mais c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

Janvier et février, ça me revient, j’étais en couple. Ça n’a pas duré, mais ça m’a donné beaucoup. Et ça m’a permis d’être prête à accueillir dans ma vie mon amoureux. J’avais du chemin à faire et je l’ai fait.

Côté création, j’ai travaillé fort. En plus de m’adapter au 9 à 5, j’ai eu le temps d’éditer le premier livre de Marc Cassivi, de coudre deux courtepointes, de créer 20 toutous (toujours sous mon aiguille, par contre!) et de travailler sur le projet Lire en famille à Longueuil avec l’entreprise que je mène avec mère, Les ateliers du vendredi. Ouf!

J’écris un peu parmi tout ça. Mais pas assez à mon goût. Je ne forcerai pas les choses. Je vais garder mon énergie pour ce texte qui a été accepté par une maison d’édition européenne.

Une chose à la fois. C’est mon mantra! J’essaie de l’appliquer. C’est pas si simple! J’échoue souvent, pour être honnête! Mais j’avance. De moins en moins de médication, de plus en plus de contrôle sur mon hygiène de vie. Je m’en sors. J’ai la tête hors de l’eau. Et j’apprends à nager. Ça demande des efforts constants, je n’ai pas le droit de relâcher la garde. C’est là tout le défi: travailler à ce que ça devienne naturel.

2016 est bien entamée. Je me souhaite des contrats. Je me sens plus solide et, même si j’adore mon travail, j’espère un jour redevenir travailleuse autonome. Je sais que je suis capable de retourner à ce mode de travail.

À suivre!

La mélancolie de l’auteure

En démarrant ce blogue, je souhaitais partager mes pensées sur le monde, faire la promotion de mon travail d’auteure, me provoquer en duel pour écrire plus.

Mais…

La vie étant ce qu’elle est, et étant ce que je suis, c’est plutôt sur la santé mentale qu’ont porté mes textes. Je ne regrette pas, j’ai écrit ce qui me venait. Ce qui était vrai. Je n’en suis pas gênée.

Mais voilà. Je commence à aller mieux et j’écris moins.

Ça me fait réfléchir.

Beaucoup.

Je n’ai jamais adhéré à l’idée de l’artiste malheureux. Je ne crois pas qu’on doive souffrir pour créer. Avoir vécu des choses difficiles aide sans doute quand vient le temps de rendre l’écriture réaliste, mais l’image de l’artiste qui a besoin d’être tourmenté pour créer, je n’y adhère pas. De mon point de vue, c’est un leurre qui permet à plusieurs de se maintenir dans un état de détresse et de se trouver des excuses pour ne pas aller mieux, pour ne pas affronter ses démons.

Or, je constate récemment que mon écriture est plus profonde, plus puissante, quand je ne vais pas bien. Ça m’embrouille et me laisse perplexe.

J’ai toujours été mélancolique. J’ai depuis longtemps utilisé l’écriture pour m’aider à sortir de cette mélancolie. Est-ce à dire que le moteur ou l’étincelle de mon écriture est la déprime?

D’un autre côté, l’écriture pour la jeunesse a été possible et même plus facile dans les périodes de grand bonheur.

Comment écrit-on quand on va bien? Qu’ai-je tant à raconter, quand je vais bien? Ai-je l’écriture lourde?

Amertume

Constat: je suis amère.

Une auteure amère.

J’ai fêté récemment les 4 ans des Trognons! De 2008 à 2012, j’ai publié 9 titres. Tout allait bien.

Mais voilà. Quelques embûches sur le chemin, j’ai perdu mes deux éditeurs presque en même temps. Les 400 coups ont changé de propriétaire et la ligne éditrice ne m’inclut plus. La courte échelle a fait faillite et la nouvelle ligne éditoriale ne m’inclut plus non plus.

J’en suis très triste, et je dois l’avouer, j’en reste amère. Le monde du livre n’est pas à son meilleur en ce moment. Des coupures partout, moins de gens qui achètent des livres… difficile de faire sa place chez un nouvel éditeur puisqu’ils sont tous bookés jusqu’en 2017! Difficile même pour ceux qui ont de l’expérience dans le milieu du livre, qui ont des contacts et 10 publications derrière la cravate. Je n’ose même pas imaginer la difficulté qu’éprouvent les jeunes auteurs en quête d’une première publication.

J’ai 6 manuscrits prêts à être présentés à un éditeur. 5 albums et un premier roman! Après la publication de ma nouvelle dans le recueil de l’AEQJ, je me suis dit que ce serait bien de tâter le roman. J’ai réussi à transformer un album qui ne fonctionnait pas en roman qui, espérons-le, fonctionne. Mais qu’est-ce que je fais maintenant? 6 manuscrits qui valent la peine d’être lus et une recherche d’éditeur qui ne mène à rien (tiens, on dirait une phrase de Léa enquête!) Et cette peur au ventre de ne plus être une auteure. Cette peur que le sentiment de l’imposteur ait été plus qu’un sentiment dans mon cas. Mon éditeur m’a dit « j’espère que tu ne vas pas rester amère de ça. Tu as déjà publié, tu vas publier encore. » Ouais. Peut-être. Mais en attendant, vous m’avez coupé l’envie!

J’ai tendance à ne pas prendre mes responsabilités. À remettre la faute sur les épaules des autres. Bien mauvaise attitude. Mon réflexe est de faire comprendre aux éditeurs leur rôle dans le processus créatif (ou l’absence de…), de leur faire prendre une responsabilité dans le cheminement de leurs auteurs, qu’il comprennent toute l’importance qu’ils ont sur la vie et la mort des œuvres. Bien mauvaise attitude.

Je constate: je n’écris plus par plaisir, mais pour être publiée. Parce que j’ai peur de ne plus être auteure. J’ai peur de me sentir humiliée devant mes collègues. J’ai peur que mon identité, celle d’écrivaine, n’existe plus. Je n’ai plus envie d’écrire en ce moment. Ouin, pis?

Conflit intérieur

Ouin, pis? Pas si simple.

Le conflit, c’est ce qui crée de la pression. Je n’ai plus d’idées pour écrire. Mais j’ai encore envie d’écrire. J’ai envie de publier aussi. J’aime inventer des histoires. J’aime le sentiment particulier que j’éprouve quand je sens enfin que mon histoire est bien bouclée. Que ça se tient. Qu’il y a quelque chose d’intéressant derrière les mots que je viens de taper. Je m’ennuie de ce feeling-là.

J’ai 6 manuscrits entre les mains qui ont besoin d’une maison, d’un partenaire de création. Qui ont besoin et le droit d’exister. Je les garde dans mes poches en attendant que le moment se présente.

J’irai faire un tour au salon du livre ce dimanche. En touriste pour la première fois depuis 19 ans. 19 ans à travailler au salon du livre. Ça en fait des années!

L’amertume est là. Je ne peux pas la nier. Mais, je peux l’affirmer, elle passera. Comme les nuages. Comme la dépression. Comme cette période noire du livre.

Du poil de la bête

Il y a une bête, dans mon histoire. Une bête noire. Une bête qui te ronge de par en-dedans quand tu ne t’y attends pas, quand tu as le dos tourné. Cette bête est comme un cancer. Un cancer de l’âme, de la volonté, de la motivation.

Heureusement, on a trouvé des moyens de la dompter. De la rendre toute petite. Je ne sais pas si elle finit par disparaître vraiment. C’est qu’elle laisse sa trace en anxiété, en traumatismes de toute sorte.

Il y a de la lumière dans cette histoire. De la lumière qui vient de partout. Amis, famille, parents, petits plaisirs, résilience, force de caractère, système de santé. Oui oui! Le système de santé contre lequel on crie tant, il m’a sauvé la vie.

Le problème avec la lumière, quand tu as été habituée à la bête noire, c’est qu’elle éblouit. Qu’elle fait perdre le sens, les sens. Elle te fait perdre ta route. Alors, tu te mets à douter de tout et tu trembles d’effroi parce que l’ombre de la bête noire se dessine dans la lumière. Tu essaies d’oublier. De te concentrer sur ta lumière. Mais la bête noire te traque, menaçante et omniprésente.

Et tu te sens abîmée. Épuisée. Et tu as peur que ton petit bonheur soit un décor en carton. Que tu ne sois faite que pour dompter les bêtes noires. Tu as peur d’être Sisyphe. Que ton nouvel amour se lasse de toi, parce que forcément tu finiras par être lourde et il n’acceptera pas de te porter dans ses bras les jours où tu baisses les tiens.

Et puis tu te félicites d’avoir un nouveau travail. Et tu angoisses de ne pas être à la hauteur. Tu désespères de ne pas arriver à te lever le matin. Tu prends des taxis pour limiter les dégâts de ta non-adaptabilité. Tu n’as donc pas un sous à mettre de côté. Et tu vas tellement mieux que tu ne peux plus avoir d’aide. Mais toi, tu ne vois pas que ça va mieux. Tu entends seulement le râle inquiétant de cette bête qui ne veut pas mourir.

Tu t’imagines le travail idéal. Tu ne te vois bien nulle part. Si. Peut-être ici ou là. Mais tu n’as pas l’expérience ou les sous ou la crédibilité requise. Alors tu te mets à pédaler à toute vitesse dans ta tête. Tu es prise au piège dans la même cage que la bête noire. Et tu tournes en rond.

Puis, un jour que tu écris un texte, tu te rends compte que les petits chatons, sous certaines lumières, projettent des ombres de bêtes meurtrières sur les murs. Et que sûrement, ta bête noire à toi, n’est qu’une question d’ombre et de lumière.

Alors, tu décides de te remettre à respirer. Une bouffée d’air à la fois. Et de ne penser à rien.

Ta bête noire bien assise sur tes genoux. Ronronnant sous tes caresses.

Tu ne te le cacheras pas. La bête n’est pas inoffensive. Mais cette fois, tu connais les moyens à prendre pour la faire taire. Cette fois, tu n’es pas seule. Cette fois, ça ira.

Ça ira.

Il y a longtemps

Il y a longtemps que je n’ai pas écrit ici. Trop longtemps à mon goût. C’est que la vie s’amuse à jouer de mon temps et de mon énergie.

L’année nouvelle amène les bilans et les résolutions. Je n’aime pas l’idée des résolutions, je préfère penser que je me donne de nouveaux défis suite à mes bilans. Même chose? Les mots pour le dire changent tout!

Je vais beaucoup mieux. Je me sens sortir de la dépression tranquillement. Une étape à la fois: c’était mon mantra de 2014. Mon mantra 2015 sera sans doute en lien avec la patience: laisser le temps faire les choses. Je n’aime pas les conflits, les difficultés, les problèmes en suspens. Je veux tout régler vite et souvent j’empire les choses au lieu de les améliorer.

Aujourd’hui, j’ai recommencé à noter tout ce que je fais dans mon cahier. Ça m’aidait beaucoup à tenir le cap sur ce que j’avais à faire. Depuis 3 ans, j’ai arrêté de le faire. Je ne sais pas trop pourquoi. Ce matin, c’est revenu naturellement. C’est ça, l’idée, avec le temps: les choses viennent naturellement.

Dans ma vie affective, toujours plus de place à l’amitié. Pas d’amoureux en vue pour le moment, mais j’ai fait du ménage et mon espace à grand amour est beaucoup mieux aménagé pour le recevoir. Me reste la patience. On y revient!

Il y a longtemps que je n’ai pas écrit ici, mais j’écris à nouveau. Un livre que ma donné ma mère m’a relancée. Dans ce livre, La source de la créativité: L’art de la persévérance de Julia Cameron aux éditions Octave, la première suggestion est d’écrire 3 pages 8½ x 11 de texte automatique tous les matins. Pas toujours facile, mais je le fais la plupart du temps. De plus en plus souvent. J’aime ça. Ça me libère énormément. Une forme de méditation thérapeutique. J’ai donc beaucoup écrit, mais moins ici.

J’ai pris conscience aussi du bien-être que m’apporte le tricot. Une autre méditation 20141224_135551thérapeutique. 20150109_145203J’ai terminé ma paire de bas et j’ai eu une commande pour une autre. Je n’ai pas pu retrouver la laine des orteils et du talon, alors j’ai fait une légère modification que ma cliente a bien aimée. J’ai presque terminé la deuxième paire.

La couture m’apporte beaucoup de fierté. Pour Noël, on m’a demandé de concevoir un tablier pour un garçon de 7 ans. Je n’avais pas de patron. C’était mon premier défi du genre. Je suis tellement contente du résultat! Je posterai sous peu le récit de cette belle aventure avec les photos.

Il y a bien longtemps que je ne me suis pas sentie aussi bien dans mon appartement. Après 3 ans d’accumulation de pas de ménage et de ramassage de tout plein de choses inutiles, mon appartement a l’air d’une catastrophe. Mais une amie bienveillante qui adore faire du ménage et mon frérot toujours là pour me donner un coup de main sont venus passer une journée de corvée chez moi. Ma cuisine étincelle. Les choses ont trouvé leur place et j’ai même plus d’espace qu’avant sans avoir pourtant jeté grand chose. Le bonheur! Ça me donne des ailes. Je m’imagine maintenant inviter des gens chez moi. Tranquillement, avec de la patience, les choses se mettent en place.

Une autre activité que j’ai délaissée pendant trop longtemps: les Rendez-vous d’écriture à la Maison des écrivains! Ils seront de retour dès la semaine prochaine. N’hésitez pas à vous inscrire! Au menu, de nouveaux exercices, encore plus de textes. Un groupe avec lequel on a tellement de plaisir. Est-ce que ce sera votre résolution cette année? Venir écrire avec nous?

Bonne et heureuse année 2015. Que cette violence qui s’abat sur les premiers jours de janvier ne soient pas une annonce de ce que l’année nous réserve. Il y a bien longtemps, je croyais à la vie, à l’humain, à la bonté. J’y crois un peu moins aujourd’hui. J’ai vieilli. J’ai été blessé. J’ai lu et j’ai vu trop des horreurs qui se passent partout autour. Mais ici et maintenant, je crois que la force du nombre vaincra à coup de câlins et de mots d’amour. Alors je vous aime. Payons tous au suivant!

#JeSuisCharlie #JeSuisTousLesAutresAussi

De la culpabilité de s’écouter

Il y a un apprentissage qui n’est pas simple à faire quand on est de ceux qui se sont valorisé par la présence aux autres. Celui de s’écouter.

Samedi dernier, j’avais un souper de famille pour un oncle que j’adore. Pour ses 50 ans, ce n’est pas rien. J’avais aussi un autre souper, si je revenais en ville assez tôt, pour l’anniversaire d’un ami avec un nouveau groupe de joyeux lurons pour qui j’ai eu un coup de foudre (je les ai rencontrés en allant garder des enfants que je ne connaissais pas, ni leurs parents, d’ailleurs). Mais laissons ça de côté pour tout de suite.

Il y avait aussi deux activités qui me tentaient dans cette journée magnifique (n’oublions pas que samedi, c’était un temps à ne pas mettre une rousse dehors!): les portes ouvertes des ateliers d’artistes coin Ontario et De Lorimier; le vernissage chez Raplapla coin Villeneuve et St-Urbain. Une seule folle assez folle pour parcourir la ville avec moi: Aimée. On se fait signe assez tôt, vers 1h30 on est en route. Après un dîner au Capri, on est pleines (je roule presque) et on a un peu moins d’entrain et de courage à courailler la ville d’est en ouest. Décision: autobus Rosemont, marche vers Raplapla et Camellia (mon amie doit y être pour 17h, pas grave, je dois être à Ahunstic pour 16h30). Gardons ça en tête pour tout de suite.

En passant devant la nouvelle bibliothèque Marc-Favreau, on impulsionne d’aller y jeter un œil. (J’ADORE LES JOURNÉES D’IMPULSIONS!) La bibliothèque est magnifique. Ça sent la bibliothèque, il y a des gens partout (malgré que ce soit une journée à ne pas mettre rousse dehors!), des coins aménagés avec intelligence où on peut lire en paix. Bref, on y passe un petit 15 minutes bien investies et on ressort avec un sourire presque aussi étincelant que le soleil.

On file chez Raplapla (première journée en robe pas de collants, les filles qui ont un surplus de poids comme moi comprendront la souffrance derrière le sourire: les cuisses qui brûlent de friction, aouch!). J’y vois la moitié féminine du groupe d’amis joyeux lurons chez qui je ne peux pas aller parce que c’est la fête de mon oncle (50 ans, c’est pas rien!) On rit (parce qu’avec ces dames, on rit! Elles sont géniales. Josée et Émilie, vous l’êtes, géniales!) Je peux leur présenter ma douce-moitié-amicale-que-si-c’était-un-homme-on-serait-époux, on boit de la limonade gratuite, on rigole à l’idée de repasser devant les jeunes filles qui en vendent un peu plus loin en disant « han-han! on l’a même pas payée! » (ce qu’on ne ferait jamais… parce qu’on est des bonnes filles!) Et vlan! Aimée et moi repartons rien que sur un bord de cuisse (l’autre est d’une souffrance à écorner les bœufs qui n’amassent pas mousse). Petit fait cocasse: mes médicaments créent une sueur pas possible sur ma personne qui, déjà, avait tendance à avoir chaud facilement. On ajoute à cela un surplus de poids causé par les mêmes médicaments (damnés médicaments!) qui fait que se lever est un effort et un soleil à ne pas sortir sa rousse, ça donne une grosse rouquine moite. Hum. L’image est plus effrayante que la réalité. Sauf que c’est une journée venteuse aussi. Fiou! Bonheur, vous dites-vous. Ben non! Parce que j’ai les cuisses qui chauffent d’avoir trop tapé des mains, je tiens le bas de ma robe pour pas jouer les Marilyn, je reluis et vlan, un coup de vent sorti de nulle part m’envoie une pluie de sable dans la figure. Menoum, me dis-je en recrachant les poussières croquantes de ma bouche avec le peu d’élégance qu’il me reste. J’ai l’impression d’avoir été bétonnée. Pas grave, on réussit à attraper l’autobus! Yé!

Arrivées au Camellia (je ne ferai pas le récit de la longue marche, encore, qui finit d’éroder la peau délicate qu’il me reste dans l’intérieur des cuisses), je commande mon thé en me disant que je dois appeler mon père tout de suite pour lui dire que je n’irai pas finalement au souper de mon oncle. Ça me stresse de l’appeler pour lui dire ça. Beaucoup. Ça me stresse de me dédire d’un souper de famille. Comme si ce n’était pas un droit de manquer une rencontre familiale. Un employé vient s’asseoir avec moi, je lui raconte mon tracas (sans lui parler de mes cuisses qui brûlent, quand même…): souper de famille, important pour mon père dont c’était l’anniversaire la veille, important parce que j’aime mon oncle et sa gang, important parce qu’il n’y a plus beaucoup de rencontres de ce genre, mais difficile pour moi d’affronter la famille même si je vais mieux (les événements sociaux sont encore très anxiogènes pour moi), pas envie de faire semblant que j’aime ma cousine « qu’on ne s’aime pas mutuellement », de faire comme si j’avais oublié cette fois où ma tante m’a envoyé une droite pis un uppercut en pleine tronche alors que j’étais là pour elle depuis un bout, de passer par-dessus le fait que ma cousine que j’aime beaucoup m’a laissée tomber en ne remplissant pas sa promesse alors que ça aurait pu me sortir de ma dépression il y a deux ans… Pas envie de faire comme si. Trop trop difficile de faire comme si. Et je vais bien, là, je veux pas mettre trois semaines à m’en remettre. Puis, bang! Je réalise qu’il est 16h36, que mon frère a tenté de m’appeler. Je sors en trombe, je rappelle mon frère, et je le charge de dire à mon père de ne pas m’attendre, que je ne viendrai pas.

Je me mets à écrire. Belle soirée, finalement. J’ai écrit un chapitre de ce projet auquel je travaille avec ma mère. D’autres employés viennent me dire qu’ils partent boire du vin pas loin et m’invitent à me joindre à eux. Puis une autre vient me voir, l’air un peu tristounette et me demande si je n’irais pas prendre un verre avec elle. Je ferme mes trucs, je l’accompagne pour un verre. En sortant, texto de l’autre gang: viens nous rejoooooindre. Ok! Embrasse l’une, rejoins les autres, dis quelques vulgarités, rires intenses et je repars vers la maison. Belle soirée où je me suis écoutée.

Mais, j’ai manqué deux soirées, finalement. En disant non à mon père, j’aurais dû me rendre à l’autre party, avec mon groupe de joyeux lurons. Mais je me sentais déjà tellement coupable de n’être pas allée fêter mon oncle que j’aime tant, que j’ai opté pour du tout nouveau: on efface et on recommence. Rentrée à la maison, me suis fait une grosse salade et j’ai écouté (500) days of Summer que je voulais voir depuis un bon moment. Soirée parfaite.

Ou presque…

De la culpabilité de s’écouter…

(Depuis, mon père m’a dit qu’il avait compris et je me sens mieux.)

(Même pas attrapé de coup de soleil!)

Un tourbillon calme

Je suis (devenue) un tourbillon calme. Les choses vont et viennent dans tous les sens. Mais je marche droit. Enfin, c’est ce qu’il me semble. Les pas sont lents et pas aussi nombreux que je le voudrais, mais ils avancent, dynamiques et synchronisés.

Je danse, je ne marche pas. Une valse, c’est certain.

Ces dernières semaines, j’ai accompli. Accompli! Des choses. Plein de choses.

D’abord, je viens de remettre deux textes à mon éditeur. Youppili youppilaï! Ils en ont donc quatre entre les mains. J’ai hâte d’en avoir des nouvelles! Ce sont deux titres dans la collection des Trognons. Après Léa, Nathan, Emma et Gabriel, il y avait déjà Juliette et Mathis qui attendaient… voilà que se rajoutent à eux Olivier qui veut un bébé et Romane qui veut devenir un poisson. J’avance dans cette série et je sens que je prends mes aises. L’écriture est de plus en plus facile. J’ai accepté que les premières versions seraient nécessairement très mauvaises et que ce serait entre la version 4 et 5 que je verrais apparaître une histoire présentable à un éditeur. Cette fois-ci, je me suis rendue à 7 versions. J’attends les commentaires de l’éditeur, il y aura, c’est sûr, beaucoup plus que 7 versions! En tout cas, ça me rend heureuse d’avoir terminé ça.

Mitaines tricotéesJ’ai terminé mon premier contrat de tricot: des mitaines! Le patron était un vrai défi pour moi: en anglais, avec des torsades et tout plein de points que je n’avais jamais faits avant. Je m’en suis pas mal bien tirée. Même si, rendue à la moitié de la mitaine gauche, je me suis rendue compte que j’étais en train de tricoter une deuxième mitaine droite… Détricoter fait partie du jeu… et comme je le dis à mes élèves: ne t’attache pas à ton tricot, tu vas sûrement devoir le défaire plusieurs fois avant que ce soit la bonne! Ben ça m’arrive aussi, hein!

 

Courtepointe LéonardJ’ai aussi terminé et envoyé la courtepointe sur laquelle je travaille depuis août dernier (hum… 10 mois, donc!) Pas mal fière du résultat. Elle était destinée à Léonard Gentil, le fils de mon frérot suisse. Elle a donc voyagé jusque là-bas et fait un bébé content! Et des parents aussi. Je peux vous la présenter maintenant qu’elle a été reçue. Qu’en pensez-vous?

 

 

 

Carrés courtepointe rose-bleueComment fait-on une courtepointe? Je me suis amusée à détailler la confection du dessus d’une nouvelle courtepointe. D’abord, on coupe les ti-carrés. Ensuite, on les mets côtes à côtes et on essaie de voir à quoi ça pourra ressembler. Puis, j’ai cousu les carrés deux par deux. C’était mon étape 1 (2-3-4… hum!).

Madame Castafiore courtepointe rose-bleueÉtape suivante, assembler les rectangles et essayer de faire comprendre à Madame Castafiore que ce n’est pas une couverture pour elle… pas faciiile!

Bon, je passe aussi toutes les étapes de repassage, de coupage de fils, de remise en place de tous les carrés et rectangles, de tous les problèmes de fils qui s’emmêlent et qui demandent de tout découdre et de recommencer. Ce serait très long pour rien… Presque aussi long que de le faire.

Les rectangles sont assemblés en carrés et les nouveaux carrés en autres rectangles et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une couture à faire entre deux gros morceaux. Et là, tu souffles en te disant que t’es ben ben bonne et patiente! Restera à acheter la flanelle pour mettre en dessous et le molleton pour l’intérieur. Oh! Et les tissus pour faire une bordure sur le dessus et le biais (rebord qui retient toutes les couches). Ouf! C’est presque fini, hein? …

Quatre morceaux courtepointe rose-bleue Courtepointe rose-bleue dessus

 

J’ai accompli tout ça en plus d’une super ronde de 9 jours consécutifs à aller au Camellia Sinensis. Quel bonheur de retrouver mon rythme. J’ai mieux travaillé que les semaines précédentes. Et je ne me suis pas tapée sur la tête parce que je me levais trop tard. Belles semaines entourée d’amis, de vrais bons amis qui sont là quand il faut et qui savent nous prendre dans leurs bras quand ça ne va pas… et rire quand c’est ce dont on a besoin. Au Camellia, j’oublie tout. Je n’ai pas de dépression, je n’ai pas de TDAH, je n’ai pas de problèmes, je suis là, il y a mon thé et ma famille d’adoption. Le bonheur. Vous ne connaissez pas? Foncez… FONCEZ!

Les griffes d'un woolong Le dragon-thé Créature malicieuse

Sous le nez d’un dragon, des griffes et des nuages. Et sur le dragon, une créature malicieuse… vraiment malicieuse!

Hier soir, soirée Les visages de la santé mentale dont je vous ai tant parlé. Mon portrait a été mis à l’encan. Ma mère l’a acheté pour me l’offrir. Il trône dans mon couloir d’ici à ce que je lui trouve une place de choix. Je l’ai placé quelques minutes sur ma machine à coudre pour pouvoir lui tirer le portrait. Elle ne restera pas là, trop peur que les minous lui donnent son coup de grâce. Mais je la regarde tandis que j’écris ce billet et je me dis, ouais, c’est un sacré gros combat que je mène et cette photo c’est un peu une victoire.

Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte par Patrick Lemay

Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte par Patrick Lemay

Sur l’étiquette en bas à droite, il est écrit:

« J’ai toujours trouvé que j’avais un petit air d’extraterrestre, malgré mon côté pétillant, souriant et battant!

Derrière mon sourire, beaucoup de souffrance.

À 29 ans, j’ai explosé en larmes chez mon médecin. Il a compris que je ne me plaignais pas depuis l’âge de 13 ans pour rien. Fatigue, difficulté à me concentrer, introspection excessive, anxiété, tristesse, difficulté à lire, dégoût de la routine, besoin de bouger, temps et efforts nécessaires pour me mettre à la tâche: je n’ÉTAIS pas paresseuse, j’AVAIS une dépression et un TDAH! On m’avait entendue, comprise. Enfin, je ne me battrais plus toute seule.»
Portrait de Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte photographiée par Patrick Lemay
LES VISAGES DE LA SANTÉ MENTALE – 5 mai 2014 – Montréal

J’ai accompli tout ça en quelques semaines et je suis fière de retrouver mon entrain, mon humour, ma gourmandise, mon envie de tout plein et de trop plein! Les gens se plaignent de la température. C’est qu’ils ne savent pas comme l’hiver est long dans les ténèbres. Moi je trouve que ce printemps est parfait. Des journées pour tous les goûts. Et du soleil, enfin, jusque tard le soir. Je ne me sens plus coupable.

Je crois que les traitements d’ostéopathie et les Omégas-3 aident énormément. Je me sens mieux, vraiment mieux. Mais j’ai peur d’utiliser ces mots-là… je les ai tellement dits souvent avant de replonger un peu plus bas. C’est pour ça que je me calme. Que je calme mon tourbillon. Doux, doux, tourbillon. On va valser, encore, sans s’étourdir, cette fois. Ok? Ok.

Les visages de la santé mentale

La santé mentale. Voilà un sujet dont on voudrait être capable de parler et d’entendre parler, mais qu’on a bien du mal à regarder en face tant il nous met mal à l’aise. Que dit-on à un dépressif? Ça va aller? Va prendre une marche? Fais un effort, un tout petit pas? Écoute-toi? Comment réagit-on à une personne qui délire devant vous, convaincue que les ondes dont elle vous parle existent bel et bien? Quand faut-il confronter les craintes incessantes de l’anxieux? Avons-le tous pour une fois: on le sait foutrement pas quoi dire et quoi faire, c’est ça qui nous met mal à l’aise. Ça et la peur de savoir que ça pourrait bien nous tomber dessus aussi… on préfère pas le voir.

Lundi prochain a lieu un événement hors du commun où vous voulez être:

Dans le cadre de la semaine de la santé mentale, Stéphanie Deslauriers et Julie Philippon vous invitent à une soirée toute spéciale qui aura lieu dans un endroit mythique de Montréal, le Lion d’Or.

Cinq conférences vous seront offertes par Christine MichaudSophie LegaultJulie VinceletteDanielle Verville et Guylaine Guay, porte-parole de l’événement. Elles vous partageront généreusement leur vécu tant comme personne ayant eu une problématique de santé mentale que comme proche touché par cette réalité.

Une exposition photographique de Patrick Lemay mettant en scène 13 différents portraits de la santé mentale sera mise à l’encan silencieux.

Tous les profits de la soirée seront offerts à l’organisme Les Impatients, qui vient en aide aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale par le biais de l’expression artistique via des ateliers de création. Plus de 450 personnes en profitent chaque semaine. Une animatrice des Les Impatients sera également sur place pour parler de son travail avec les participants.

Quand ? Le lundi, 5 mai 2014, à 19h
Où ? Cabaret Lion d’Or, 1676, rue Ontario Est, Montréal
Prix ? 25 $
Achat de billets en ligne : https://secure.lavitrine.com/consolidateur_secure/?showingID=260769&lang=0

Besoin d’autres arguments? Julie Vincelette La Presse +

Pour suivre les détails de l’événement, facebook est là!

Pour ma part, je vais mieux. Beaucoup mieux. J’avais écrit ce petit texte il y a deux mois. Je ne l’ai jamais publié. Je le relis et j’ai du mal à me rappeler l’état dans lequel j’étais quand je l’ai rédigé. À ce point, mieux!

Je suis fatiguée. Au mois de novembre, après le salon du livre de Montréal, j’ai eu une grosse crise qui m’a amenée chez mon médecin. Elle m’a référée en psychiatrie pour évaluation. Enfin! Le problème, c’est que le temps d’attente pour un psychiatre est très long. On m’a donné la cote la plus élevée d’urgence pour la liste d’attente: même si je ne suis pas suicidaire, dans mes crises dépressives, je perds espoir et je deviens non-fonctionnelle (je dors 16h par jours, je ne mange plus, je ne réponds plus au téléphone, je ne me donne même plus la peine d’annuler mes rendez-vous, je connais les craques de mon plafond par cœur.) Bref, on m’a attitré une infirmière clinicienne qui m’aide à mettre de l’ordre dans mon quotidien et qui me soutient d’ici à ce que je vois le psychiatre. C’est une joie, un soulagement, un petit bonheur. Oui oui!

C’est lundi prochain. Avez-vous acheté votre billet? Tout un événement en perspective et c’est pour une bonne cause. J’y serai, ma face et quelques membres de ma famille aussi. Ça me toucherait beaucoup de vous y voir.

Ça avance. Tout avance.

Demandez à la vie, elle vous répondra.

J’expliquais dans mes deux derniers textes que je ne savais plus où j’en étais, que je ne savais plus ce qui faisait partie de moi et de mes plaisirs.

Je disais aussi que je ne savais même plus si l’écriture me plaisait tant que ça.

Et ben, voilà que j’ai eu ma réponse. D’abord, je suis maintenant sur Twitter (@madamerousseTM). Un homme m’a envoyé un courriel me couvrant de compliments quant à ma plume. J’en ai été flattée, je dois l’avouer.

Ensuite, j’ai commencé un traitement en ostéopathie il y a plusieurs semaines, histoire de me battre contre la dépression sans toujours attendre que les médicaments fassent tout le boulot. J’ai donné mes livres à l’ostéopathe qui les a offerts à ses neveu et nièce. Deux fois il a insisté sur le plaisir que les enfants ont eu à me lire. Il n’y a pas plus belle paye (même si c’est cliché). Aujourd’hui, il me demandait comment on savait qu’une histoire pour enfants est bonne, vu que les phrases sont très simples et le texte très court. C’est simple, on le sait pas sauf quand les enfants aiment ça! (Je vous rassure, ma réponse était plus élaborée… j’ai balbutié pendant le traitement, entre deux « tourne-toi par là » ou « inspire, expire », quelque chose à propos du rythme et des sonorités.)

Hier, je parlais édition avec l’amoureux de mon amie et je me suis surprise à éprouver une tonne de plaisir. Je savais de quoi je parlais et j’en parlais avec enthousiasme. Wow.

Aujourd’hui, en sortant de mon rendez-vous chez l’ostéopathe, j’ai marché. Marché longtemps. L’air était bon, tiède, doux. Un petit vent juste parfait pour remuer les bouclettes et juste assez de soleil pour qu’il soit évident que je suis rousse (certains en doutent encore…)

J’ai marché et je me suis rappelé à quel point j’aimais marcher. On m’a dit souvent récemment de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Je n’ai pas à faire table rase et recommencer à noter ce que j’aime. J’ai tout mon bagage avec moi, suffit d’y faire le ménage (j’entends mes parents me rappeler comme je ne suis pas particulièrement douée pour le ménage… trop dans le détail, découragée par la tâche!)

Je me suis arrêtée finalement au Camellia Sinensis. J’ai jasé avec plein de monde. J’ai essayé d’écrire et j’ai été déçue de ma production. Mon sourire était trop ancré dans ma face pour que je me décourage. J’ai décidé que l’écriture était un muscle un peu atrophié par mon récent manque d’exercice. Ça va revenir, bon.

J’ai tricoté. Une deuxième mitaine. Un contrat que j’ai eu. J’avance bien, je vais pouvoir les livrer avant l’été! Ouf!

Si je fais le bilan des dernières semaines, je me rends compte que j’avance. Pas mal, en plus. Il y a un an à pareille date, j’arrêtais tout et je dormais 16 heures par jour. Je suis revenue à un horaire plus régulier, je souris, j’envisage un avenir, j’ai des projets, je mange et je me fais même à manger, j’écris… et pas que du gris. Je revis. C’est tout un printemps, après deux ans d’hiver.

On m’a dit récemment que j’étais radieuse et pétillante. Je me retrouve. J’étais tellement trippante avant de tomber. Je le serai encore. Je le sais. Ça revient tranquillement. Et finalement, je ne suis pas mécontente de ce petit billet!

J’ai perdu le fil?

Une journée de solitude que je passe comme les autres. Lecture (nouveau grand succès pour moi, je suis re-capable de lire des romans au complet et à une vitesse semi-normale. Grande victoire devrais-je dire… surtout pour une éditrice), tricot, courtepointe, repos, repos et repos.

J’ai perdu le fil. Comment les gens « normaux » vivent-ils leurs fins de semaine? Comment fait-on pour sortir de la routine la fin de semaine alors qu’on est en démarche pour la reconstruire?

J’ai perdu le fil. Je n’ai pas beaucoup écrit sur mes blogues ces derniers temps. Est-ce déjà l’attrait de la nouveauté qui fond? Qui fond au rythme où la neige tombe? Mon bonheur, lui il ne tombe pas. Je suis contente du chemin que j’emprunte. Mais…

J’ai perdu le fil. Je ne sais pas si les chemins que j’ai empruntés me mènent à moi. Forcément, ils mènent à moi. Qu’est-ce que je dis là! Mais mènent-ils à ce que je veux de moi? J’ai des tas de passions, mais aucune ne semble porteuse d’un projet de vie suffisamment rentable pour vivre au-delà du mode survie. Je ne sais pas ce pour quoi je suis faite. Peut-être n’est-on fait pour rien d’emblée et nous fabriquons-nous des raisons d’être et de créer au cours de notre vie? Dans quoi me vois-je?

J’ai perdu le fil de mon histoire. De mon tricot. Les mailles se resserrent où elles étaient trop lâches et se relâches où elles étaient trop serrées. C’est bon. Je sais que c’est bon. Il y a des jours de grisailles où la lumière blanche perce quand même jusqu’à nous. Des jours nuances. Des jours silences.

J’ai perdu le fil de mes histoires. Je ne sais plus écrire. Je ne sais plus quoi écrire. Ni pourquoi. Comment avoir envie d’écrire à nouveau alors que les ventes faiblissent comme un cœur qu’on n’a pas nourri? On n’écrit pas pour l’argent. Mais on écrit quand même pour être lus. Et le doute me prend, fort et inébranlable, qui suis-je donc pour me déclarer écrivaine? Qui lit et aime vraiment mes livres? Est-ce suffisant pour continuer? Suis-je capable de m’imaginer sans l’écriture? Non. Bien sûr que non. Que se passe-t-il alors que mes mots ne se métamorphosent plus en histoires? J’ai de l’avance sur mes éditeurs. Ça me coupe l’inspiration. Vont-ils encore vouloir me publier? J’aurais tellement envie d’écrire une histoire de papillons qui m’emporterait plus vivement que ce fil que je m’acharne à retrouver.

Peut-être ce fil perdu n’est-il pas perdu? Peut-être a-t-il simplement changé de couleur? Je vais le suivre encore un peu. En silence, cette fois. Peut-être me chuchotera-t-il quelques douceurs à l’oreille.