Un écrivain, ça publie?

Je réfléchis beaucoup ces temps-ci à cette question. Un écrivain est-il juste un écrivain s’il publie? Un écrivain qui n’arrive pas à publier serait-il moins un écrivain?

Ces dernières années, j’ai moins écrit et je n’ai rien publié. 3 ans sans publier et à moins écrire. Pas vrai… j’ai quand même terminé 6 livres. Quand on y pense, ça fait 2 par année, c’est loin d’être mauvais. Pourquoi alors cette sensation?

Parce que je n’ai rien publié, oui. Mais pas que. C’est aussi parce que j’ai beaucoup moins créé de nouveaux textes. Je n’ai pas inventé de nouvelles histoires. Avant, j’avais de nouvelles idées tout le temps. Avec la médication, mon hamster s’est endormi, je pense. C’est cette effervescence qui me manque, que je recherche encore et encore. Oui, c’est ça qui me manque, en y pensant bien, le plaisir de l’idée nouvelle, des premiers mots qu’on couche sur papier, de ce plaisir de tenir un début d’histoire sans savoir vraiment ce qu’on en fera. J’aime écrire le premier jet. J’en ai écrit seulement deux ou trois en 3 ans.

Cette sensation de ne plus être auteure, que tout est terminé pour moi, que je n’écrirai plus pour vrai est particulièrement obsédante. Surtout quand cet aspect de notre travail est devenu une part de notre identité.

J’ai des éditeurs qui ont arrêté des projets auxquels je tenais. En quelques mots, c’était comme si je me faisais dire: tu ne vends pas assez, tu n’as pas le droit d’être auteure. Difficile à recevoir. Ça impose des bilans qu’on n’a pas nécessairement envie de faire. Ou plutôt des bilans dont on craint les résultats.

Puis, j’ai reçu un oui. Et j’ai exprimé mon soulagement: je suis encore une auteure. Ce sont les réponses à ça qui ont relancé le questionnement d’aujourd’hui: tu es une auteure parce que tu écris; l’auteur écrit et l’éditeur publie, si tu ne publie pas, c’est la partie de l’éditeur qui fait défaut, pas la tienne. En gros, tant que j’écris, je suis écrivaine.

Ça me laisse perplexe. Une partie de moi adhère à cet argument. Écrire, c’est ma partie. Et comme je viens d’établir le fait que j’écris moins, que j’ai moins besoin d’écrire, il est possible que ce soit suffisant, selon cet argument, pour que je ne me sente plus écrivaine.

Par contre, cet argument ne me convainc pas. Être écrivain, c’est être publié. Sinon, toute personne qui écrit des textes par-ci par-là pourrait se qualifier au titre d’écrivain? Ça fait beaucoup de gens!

Il y a un aspect « professionnel » pour moi dans le mot écrivain. Une reconnaissance des pairs. Une partie du travail consiste à avoir le guts de partager ses écrits, de les rendre disponibles, d’assumer les critiques (ou l’absence de…) C’est d’ailleurs essentiel pour devenir membre de l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec (Québec). Doit-on être membre de l’union pour porter le titre? Absolument pas! Beaucoup d’écrivains reconnus ne sont d’ailleurs pas membres. Et certains autres au talent discutable en sont membres. Doit-on être bon pour être écrivain? Absolument pas.

Et le compte d’auteur, dans tout ça. Est-ce que le fait de publier par un éditeur agréé rend plus écrivain? Peut-être qu’il ne s’agit pas d’un variable oui/non, mais d’une variable nuancée?

Une autre question qui me chicote. Lorsqu’on devient ecrivain pour la première fois, le reste-t-on toute notre vie? Ou est-ce comme un titre professionnel: on peut changer de métier, donc de titre? Suis-je écrivaine parce que j’ai publié, même si je ne publie plus? Sinon, après combien de temps sans écrire est-ce que je perds mon titre?

Je m’y perds. Je n’arrive pas à une conclusion claire. Ce que je sais, c’est que pour moi, un écrivain c’est un professionnel de l’écriture qui publie et invente de nouvelles histoires.

Et vous? Vous en pensez quoi?

La mélancolie de l’auteure

En démarrant ce blogue, je souhaitais partager mes pensées sur le monde, faire la promotion de mon travail d’auteure, me provoquer en duel pour écrire plus.

Mais…

La vie étant ce qu’elle est, et étant ce que je suis, c’est plutôt sur la santé mentale qu’ont porté mes textes. Je ne regrette pas, j’ai écrit ce qui me venait. Ce qui était vrai. Je n’en suis pas gênée.

Mais voilà. Je commence à aller mieux et j’écris moins.

Ça me fait réfléchir.

Beaucoup.

Je n’ai jamais adhéré à l’idée de l’artiste malheureux. Je ne crois pas qu’on doive souffrir pour créer. Avoir vécu des choses difficiles aide sans doute quand vient le temps de rendre l’écriture réaliste, mais l’image de l’artiste qui a besoin d’être tourmenté pour créer, je n’y adhère pas. De mon point de vue, c’est un leurre qui permet à plusieurs de se maintenir dans un état de détresse et de se trouver des excuses pour ne pas aller mieux, pour ne pas affronter ses démons.

Or, je constate récemment que mon écriture est plus profonde, plus puissante, quand je ne vais pas bien. Ça m’embrouille et me laisse perplexe.

J’ai toujours été mélancolique. J’ai depuis longtemps utilisé l’écriture pour m’aider à sortir de cette mélancolie. Est-ce à dire que le moteur ou l’étincelle de mon écriture est la déprime?

D’un autre côté, l’écriture pour la jeunesse a été possible et même plus facile dans les périodes de grand bonheur.

Comment écrit-on quand on va bien? Qu’ai-je tant à raconter, quand je vais bien? Ai-je l’écriture lourde?

Amertume

Constat: je suis amère.

Une auteure amère.

J’ai fêté récemment les 4 ans des Trognons! De 2008 à 2012, j’ai publié 9 titres. Tout allait bien.

Mais voilà. Quelques embûches sur le chemin, j’ai perdu mes deux éditeurs presque en même temps. Les 400 coups ont changé de propriétaire et la ligne éditrice ne m’inclut plus. La courte échelle a fait faillite et la nouvelle ligne éditoriale ne m’inclut plus non plus.

J’en suis très triste, et je dois l’avouer, j’en reste amère. Le monde du livre n’est pas à son meilleur en ce moment. Des coupures partout, moins de gens qui achètent des livres… difficile de faire sa place chez un nouvel éditeur puisqu’ils sont tous bookés jusqu’en 2017! Difficile même pour ceux qui ont de l’expérience dans le milieu du livre, qui ont des contacts et 10 publications derrière la cravate. Je n’ose même pas imaginer la difficulté qu’éprouvent les jeunes auteurs en quête d’une première publication.

J’ai 6 manuscrits prêts à être présentés à un éditeur. 5 albums et un premier roman! Après la publication de ma nouvelle dans le recueil de l’AEQJ, je me suis dit que ce serait bien de tâter le roman. J’ai réussi à transformer un album qui ne fonctionnait pas en roman qui, espérons-le, fonctionne. Mais qu’est-ce que je fais maintenant? 6 manuscrits qui valent la peine d’être lus et une recherche d’éditeur qui ne mène à rien (tiens, on dirait une phrase de Léa enquête!) Et cette peur au ventre de ne plus être une auteure. Cette peur que le sentiment de l’imposteur ait été plus qu’un sentiment dans mon cas. Mon éditeur m’a dit « j’espère que tu ne vas pas rester amère de ça. Tu as déjà publié, tu vas publier encore. » Ouais. Peut-être. Mais en attendant, vous m’avez coupé l’envie!

J’ai tendance à ne pas prendre mes responsabilités. À remettre la faute sur les épaules des autres. Bien mauvaise attitude. Mon réflexe est de faire comprendre aux éditeurs leur rôle dans le processus créatif (ou l’absence de…), de leur faire prendre une responsabilité dans le cheminement de leurs auteurs, qu’il comprennent toute l’importance qu’ils ont sur la vie et la mort des œuvres. Bien mauvaise attitude.

Je constate: je n’écris plus par plaisir, mais pour être publiée. Parce que j’ai peur de ne plus être auteure. J’ai peur de me sentir humiliée devant mes collègues. J’ai peur que mon identité, celle d’écrivaine, n’existe plus. Je n’ai plus envie d’écrire en ce moment. Ouin, pis?

Conflit intérieur

Ouin, pis? Pas si simple.

Le conflit, c’est ce qui crée de la pression. Je n’ai plus d’idées pour écrire. Mais j’ai encore envie d’écrire. J’ai envie de publier aussi. J’aime inventer des histoires. J’aime le sentiment particulier que j’éprouve quand je sens enfin que mon histoire est bien bouclée. Que ça se tient. Qu’il y a quelque chose d’intéressant derrière les mots que je viens de taper. Je m’ennuie de ce feeling-là.

J’ai 6 manuscrits entre les mains qui ont besoin d’une maison, d’un partenaire de création. Qui ont besoin et le droit d’exister. Je les garde dans mes poches en attendant que le moment se présente.

J’irai faire un tour au salon du livre ce dimanche. En touriste pour la première fois depuis 19 ans. 19 ans à travailler au salon du livre. Ça en fait des années!

L’amertume est là. Je ne peux pas la nier. Mais, je peux l’affirmer, elle passera. Comme les nuages. Comme la dépression. Comme cette période noire du livre.

Activités d’été pour préparer l’automne

C’était l’été. Ce l’est encore, heureusement. Mais en août, alors que la chaleur se fait moins humide et plus supportable, les choses commencent à s’agiter côté contrats. Et on aime ça!

D’abord, mes ateliers d’écriture à l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec se passent à merveille! On a un petit groupe d’habitués et des nouveaux à chaque rencontre. Les textes se suivent et ne se ressemblent pas. Chacune (parce qu’on est majoritairement des filles!) a son style et chaque activité amène une quantité de nouvelles idées. On a beaucoup de plaisir. De nouvelles dates seront proposées à l’automne. 

Comme ce groupe fonctionne à merveille, je compte aussi ouvrir un autre atelier plus près de chez moi, probablement au Mousse Café. Je ne sais pas encore quand, mais j’aimerais bien que ce soit pendant le jour la fin de semaine pour rejoindre ceux qui ne sont pas disponibles le jeudi soir. À suivre. J’ai aussi l’idée de créer un groupe d’adolescents. Ce sera à suivre aussi! Pas tout en même temps! 

À savoir, ce samedi 16 août, je donnerai aussi un atelier d’écriture pour les enfants (accompagnés d’un adulte). Il reste encore des places! L’atelier a lieu à la Maison des écrivains (3492 avenue Laval, Montréal)

D’autre part, ce sont les animations d’auteure qui commencent à rentrer. J’ai déjà signé mon premier contrat pour cette année: un atelier de lecture d’histoires pour les 6 à 12 ans (accompagnés de leurs parents) dans le cadre des Journées de la culture. Je peux déjà vous dire que ce sera en début d’après-midi le 26 septembre. Je vous tiens au courant. Vous viendrez me voir, j’espère! 

J’ai reçu une autre demande dans le même genre, mais j’attends confirmation avant de vous donner les détails. 

Autre bonbon, un professeur de cégep m’a demandé d’aller parler du monde du livre dans son cours. J’irai donc discuter des enjeux de l’industrie, du travail des auteurs, des éditeurs, des distributeurs, des libraires et de tous les autres acteurs qui gravitent autour du livre. J’adore ce genre d’activité. Ça me permet de faire de la sensibilisation et de l’éducation sur mon travail et celui de mes confrères et consœurs. C’est toujours intéressant! 

J’ai donc encore de la place pour des animations dans les écoles et les garderies. Je rappelle que je suis dans le répertoire de Culture à l’école et que j’adore rencontrer les enfants. 

Je suis aussi disponible pour donner des ateliers de promotion de la lecture avec les Ateliers du vendredi. Je me déplace pour offrir des conférences ou des ateliers afin de vous outiller à transmettre le plaisir de lire aux enfants. Je m’adresse autant aux parents (formule soirée ou après-midi, avec ou sans enfants, présentation de livres et de trucs pour intéresser vos petits, je me déplace chez vous), au éducateurs, aux enseignants, aux bibliothécaires, aux étudiants au cégep et à l’université, aux psychoéducateurs, psychologues, médecins, etc. Les formations sont montées sur mesure selon vos besoins. 

C’était mon billet plogue personnelle! Je suis enthousiasmée par la rentrée cette année. Et les salons du livre s’en viennent… Ça, ce sera un tout autre billet!

Tout vient à point à qui sait attendre

J’ai l’impression que ça fait des lunes que je n’ai pas écrit par ici. Je n’ai pas vérifié, peut-être que j’ai juste oublié ce que j’ai écrit il y a quelques jours. Ce serait mon genre!

Beaucoup de choses se passent dans le plus grand des calmes. Ça fait du bien d’être calme. D’être occupée, mais de tout gérer comme il faut. 

Ça me laisse du temps pour réfléchir. Réfléchir à ce blogue, par exemple. Quelle est sa ligne directrice. De quoi je suis supposée parler ici? Au début, je voulais que ce soit un blogue pour parler de tout et de rien. Pour construire des textes, simplement. C’est bien ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. J’ai aussi voulu que ce soit un blogue où je pourrais donner des nouvelles sur mon activité d’auteure. Le problème, c’est que l’activité d’auteure, l’été, elle est pas mal morte! Je ne peux pas écrire ici que j’écris. Je l’ai quand même fait. L’activité d’auteure, c’est aussi de se libérer du temps, de l’espace dans la tête, pour penser, pour laisser les idées flirter avec un ordre, une séquence, les laisser se tourner autour pour former des histoires. Je prends ce temps, je me donne cet espace. C’est doux. C’est bon. 

J’ai passé beaucoup de billet à parler de ma dépression. Elle n’est pas fini, on ne sort pas si simplement d’une dépression aussi profonde, en tout cas, je ne ferai pas l’erreur de me penser trop vite sauvée. Elle n’est pas finie, mais elle se porte bien mieux. Elle s’est tarie dans un coin et me donne toute la place pour que je puisse enfin nager librement. Je sens son poids dans mes orteils. Ça chatouille parfois. Mais ça ne risque plus de me noyer. C’est un tel soulagement que je pourrais danser toute la journée.

Il y a les projets d’édition aussi qui m’emportent. Je suis éditrice pour Tête première. J’ai cet étrange sentiment d’être à ma place et d’être compétente avec un brin d’insécurité et pas mal de symptômes du syndrome de l’imposteur. Les projets sur lesquels je travaille sont diversifiés, passionnants. Sauf que je dois être à la fois l’auteure et l’éditrice pour certains ce qui m’angoisse! Angoisse contrôlable, cependant. 

Puis, mes amis. Mes amis qui me font réfléchir beaucoup. Sur les relations homme-femme. Sur mes recherches personnelles d’un futur amoureux. Sur ce que je cherche vraiment, dans le fond. Ce sont des questions pertinentes à se poser, mais elles remuent plein de choses. J’essaie de ne pas tout mettre sur Je suis bien le monstre que mon ex a quitté pour pas créer d’indigestion! J’aurais tant à dire. Heureusement, une partie de ce projet servira à un projet d’édition qui prend une bonne partie de mon temps. Et hier, j’ai trouvé un partenaire d’écriture pour ce projet. Je n’en parle pas plus pour l’instant. Tout vient à point à qui sait attendre…

Écrire… quoi?

Ce soir, je me sens mélancolique. D’habitude, ça me pousse à écrire. Mais ce soir je vais d’un projet à l’autre et je ne me sens à ma place nulle part. 

J’ai d’abord voulu écrire ce projet sur le célibat. Parfait état pour écrire ça, que je pensais. Ben non! Dans ce projet, je suis plutôt rendue à l’étape recherche qui ne me tente pas ce soir. Il est trop tard pour ça, je m’y attaquer cette semaine. 

Mes yeux fatigués et mes verres de contact usés ne m’aident pas non plus. 

Et quelques histoires de la vraie-vie-qui-est-trop-réelle-et-pas-assez-rêvée-parfois en tête… 

Ne pas y penser. 

Peut-être que je pourrais travailler sur ce projet de roman jeunesse. Mon petit prince que j’ai planté là, dans de sales draps, d’où il devra bien sortir un jour où l’autre! Je travaille sur la 25e version. J’ai commencé ce texte, j’étais encore à l’UQAM dans mon bacc en psychologie. Ou était-ce pendant mon année comme étudiante libre? D’une manière ou d’une autre, ça fait plus de 7 ans que je retourne cette histoire dans tous les sens. Depuis un an, je transforme le texte prévu pour un album en roman. J’ai au moins 4 débuts différents et j’ai du mal à choisir celui qui commencera bien le texte. Difficile! Mais le défi du roman me plaît beaucoup. Je viens de placer le chapitre 3 dans le chapitre 4, et le 4 dans le chapitre 1. Il restera à ajuster les transitions, sabler un peu les arêtes, en espérant que cette fois-ci la charpente tiendra le coup. 

J’avancerais bien aussi ce texte que j’écris à 4 mains avec ma mère, Danielle Marcotte. Une histoire de livraison qui tourne mal, dans un monde inconnu. C’est si agréable de retrouver la complicité de l’écriture à deux avec ma co-auteure de la série Moka et Pica! Mais voilà, on vient encore de revoir l’histoire. La relecture de la première version nous a laissée complètement dégoûtées! Ma mère a réussi à relire le texte au complet. Je n’ai pas dépassé le deuxième chapitre. C’était si mauvais qu’on n’arrivait même pas à réécrire. On est retournées à la base: quelle est l’histoire qu’on veut raconter? Comment l’histoire avancera? Chapitre par chapitre, ça se traduira comment? C’est très stimulant. Cette fois-ci, on est sur la bonne voie… jusqu’à ce qu’on se rende compte que ça ne tient pas la route et qu’on recommence tout depuis le début et qu’on se dise que cette fois-là, on tient vraiment quelque chose! Cent fois sur le métier, qu’ils disent? Cent fois, tu réécriras, en fait! Ça fait partie du plaisir d’être auteure, je crois! C’est comme un casse-tête pour lequel on a égaré l’image sur la boîte. Il faut assembler des morceaux sans trop savoir ce que c’est supposé représenter. J’aimerais bien travailler là-dessus ce soir, mais c’est difficile toute seule à cette étape. 

Tout ce qui me tente, dans le fond, c’est de continuer à lire et à commenter le roman de mon ami. Il m’a demandé de lui donner mon opinion franchement. J’ai accepté. En lisant son manuscrit, j’ai les deux pieds dans mon rôle d’éditrice. J’apprécie de plus en plus ce rôle. Je m’y sens bien. Je sens que je peux y être compétente. J’apprends et j’ai la place pour le faire. Il y a de la pression, il y en a toujours, mais elle est supportable. 

Voilà. Ce soir, je voulais écrire et je viens de le faire. Ce soir, je voulais être éditrice et je l’ai été. 

Peut-être que ce soir, je me coucherai tôt, tout simplement, sans chercher à étirer une soirée mélancolique en nuit qui sert à quelque chose. Peut-être que pour une fois j’accepterai d’avoir pris mon temps, juste ça. Dolce farniente… un jour, j’y arriverai. 

Animations scolaires et… d’été?

Hier, j’étais invitée à l’école du Petit-Chapiteau pour animer trois groupes de première année.

J’adore me promener dans les écoles pour faire des animations! Quel bonheur de recevoir des câlins gratuits, des «Oh! Vous êtes très belle, madame», des «Vous allez écrire une histoire d’arc-en-ciel en pensant à moi?», de vivre des fous rires, d’entendre de drôles de réponses, de voir toutes ces merveilleuses faces curieuses et illuminées.

Dans cette école, beaucoup d’enfants qui apprennent le français. J’ai donc lu des histoires qui devaient sonner aussi vagues que le blabla des parents dans Charlie Brown «wha wha wha wha wha!» Les enfants sont restés attentifs.

– De quel pays vous venez, madame?
– Je suis née ici, au Québec!
(points d’interrogation dans les visages)
– Et vos parents, madame?
– Du Québec aussi! Et vous?

Philippines, Sri Lanka, Haïti, Nigeria, Bangladesh, Pakistan, Thaïland, Mexique. Le monde entier!

On me pose des questions qu’on ne m’a jamais posées, très tournée vers le monde entier, justement: «Où écrivez-vous, madame?», «Êtes-vous déjà allée écrire dans une autre pays?», «Quel pays avez-vous visité? (Bon, d’accord, pour celle-ci, ça sonnait plutôt « Êtes-vous déjà allée dans mon pays? », mais c’est ce que ça voulait dire, non?)»

Les enseignants me disent à quel point les élèves ont aimé travailler les Trognons. «Ils les ont tous aimés! insiste une enseignante. On a fait plein d’activités avec les livres, pour travailler autre chose que les mots, et ils ont adoré!»

Entre autres activités, les élèves ont travailler «les mots de mathématiques» à partir de Léa enquête: «par-dessus, à côté de, près de, sous, derrière, devant, dans, liste une jeune demoiselle en comptant sur ses doigts.»

Avec Gabriel et les robots, ils ont dansé! Un jeune garçon me montre quelques mouvements de sa danse de robot. Très convaincant!

Pour Emma au parc, une fillette m’explique «on a fait une maquette avec des formes géométriques, mais elle n’est pas très réussie parce qu’il y a eu trop de sable et on a mis des plumes et on a voulu les enlever et ça les a cassées.» Je les ai rassurés, personne n’avait encore fait une maquette d’un de mes livres et j’étais très touchée par leur bricolage que je trouvais tout à fait réussi.

J’adore qu’on me raconte ce qu’on fait avec mes livres! C’est incroyable ce que les enseignants, parents et enfants peuvent être créatifs! N’hésitez pas à me communiquer vos histoires de lecture ou d’animations!

C’est le genre de journée dont on revient épuisée, mais tellement revigorée! Ça sert à ça, écrire. À ces moments-là. Et pas un seul rapport de vente ne me convaincra du succès de ces livres. Les témoignages des profs, des élèves, des parents, de leurs enfants que je rencontre et qui me disent à quel point ils aiment cette série me suffisent. Ça tombe bien parce que j’adore écrire ces livres!

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C’était la dernière animation scolaire cette année. En septembre, reviendront ces journées folles où on doit penser à notre horaire pour l’année!

En attendant, je suis disponible pour donner des formations sur le plaisir de lire avec les enfants, mais aussi pour des animations dans des garderies ou même dans des fêtes d’enfants. Une auteure au lieu d’un clown?

Lutte de prédateurs

J’ai tourné autour du pot toute la journée. J’ai même fait le ménage! C’est tout dire.

J’ai lorgné vers mon ordinateur. Je me suis dit que je devrais réaménager mon bureau pour être plus performante. J’ai voulu prendre un sieste. Je me suis rappelé que je n’avais pas dîné. J’ai même essayé de faire des plans pour la soirée. TOUT sauf écrire…

J’ai mangé, j’ai dormi, j’ai fait le ménage, j’ai réaménagé le garde-robe et les armoires, j’ai perdu du temps sur mon cellulaire… Mon ordinateur et moi, on s’est épiés. On s’est jaugés. On a noté nos points faibles et les risques potentiels que notre opposant pouvait nous infliger.

Je me suis rendue, presque en rampant, vers mon ordinateur. Mes muscles m’ont lâchée un à un. JE VEUX, MAIS JE NE SAIS PAS! Je ne sais pas écrire, je ne sais pas quoi écrire, je ne sais plus sur quel projet travailler. Je devrais avancer celui-ci et celui-là. Ne pas succomber à la tentation de repartir quelque chose de nouveau, encore, sans avoir terminé ceci et celà. MAIS JE N’AI PAS ENVIE! Botte toi les fesses.

Les poignets sur le rebord du laptop, les doigts qui serpentent, à la chasse au mot qui va tout démarrer, j’amadoue la bête. LA PRISE DU HOMARD. Flatte, flatte entre les yeux. Doux, doux, clavier. J’AI DÉJÀ MAL AUX TUNNELS CARPIENS! Mon corps se crispe. L’ordinateur a frappé là où ça fait mal. Je reprends mon souffle. J’empoigne la souris, je la mets à ma main. Souffle, souffle, Lolo. Cherche le document, le fichier qui va agenouiller le prédateur. Chercher, cherche pour atténuer la douleur. Oublie. NE PENSE PAS!

Tourner autour du pot. Laisser défiler les fichiers pleins de débuts d’histoires. Il faudrait écrire au moins un peu. Quoi? Pour quel âge? Comme ça stagne chez l’éditeur d’album, j’ai envie d’écrire des romans… mais je ne sais pas écrire des romans. Pas encore. Tant qu’à faire, arrête carrément la danse et saute dans ton roman adulte. SAUTE ET ÉCRIS, BORDEL! Ouvrir facebook. Commencer un statut. STOP. Ouvrir WordPress. Commencer un article. Bon. Les mots se déversent. Tu as percé la bête, transpercée, la carapace de tête de cochon. C’est bon. Maintenant, fin. FIN. Ouvre un fichier et écris. ÉCRIS POUR TE SENTIR MIEUX!

(Et surtout, te redire en boucle comme tu es exceptionnelle. JE SUIS UNE SACRÉE CHASSEUSE.)

Un tourbillon calme

Je suis (devenue) un tourbillon calme. Les choses vont et viennent dans tous les sens. Mais je marche droit. Enfin, c’est ce qu’il me semble. Les pas sont lents et pas aussi nombreux que je le voudrais, mais ils avancent, dynamiques et synchronisés.

Je danse, je ne marche pas. Une valse, c’est certain.

Ces dernières semaines, j’ai accompli. Accompli! Des choses. Plein de choses.

D’abord, je viens de remettre deux textes à mon éditeur. Youppili youppilaï! Ils en ont donc quatre entre les mains. J’ai hâte d’en avoir des nouvelles! Ce sont deux titres dans la collection des Trognons. Après Léa, Nathan, Emma et Gabriel, il y avait déjà Juliette et Mathis qui attendaient… voilà que se rajoutent à eux Olivier qui veut un bébé et Romane qui veut devenir un poisson. J’avance dans cette série et je sens que je prends mes aises. L’écriture est de plus en plus facile. J’ai accepté que les premières versions seraient nécessairement très mauvaises et que ce serait entre la version 4 et 5 que je verrais apparaître une histoire présentable à un éditeur. Cette fois-ci, je me suis rendue à 7 versions. J’attends les commentaires de l’éditeur, il y aura, c’est sûr, beaucoup plus que 7 versions! En tout cas, ça me rend heureuse d’avoir terminé ça.

Mitaines tricotéesJ’ai terminé mon premier contrat de tricot: des mitaines! Le patron était un vrai défi pour moi: en anglais, avec des torsades et tout plein de points que je n’avais jamais faits avant. Je m’en suis pas mal bien tirée. Même si, rendue à la moitié de la mitaine gauche, je me suis rendue compte que j’étais en train de tricoter une deuxième mitaine droite… Détricoter fait partie du jeu… et comme je le dis à mes élèves: ne t’attache pas à ton tricot, tu vas sûrement devoir le défaire plusieurs fois avant que ce soit la bonne! Ben ça m’arrive aussi, hein!

 

Courtepointe LéonardJ’ai aussi terminé et envoyé la courtepointe sur laquelle je travaille depuis août dernier (hum… 10 mois, donc!) Pas mal fière du résultat. Elle était destinée à Léonard Gentil, le fils de mon frérot suisse. Elle a donc voyagé jusque là-bas et fait un bébé content! Et des parents aussi. Je peux vous la présenter maintenant qu’elle a été reçue. Qu’en pensez-vous?

 

 

 

Carrés courtepointe rose-bleueComment fait-on une courtepointe? Je me suis amusée à détailler la confection du dessus d’une nouvelle courtepointe. D’abord, on coupe les ti-carrés. Ensuite, on les mets côtes à côtes et on essaie de voir à quoi ça pourra ressembler. Puis, j’ai cousu les carrés deux par deux. C’était mon étape 1 (2-3-4… hum!).

Madame Castafiore courtepointe rose-bleueÉtape suivante, assembler les rectangles et essayer de faire comprendre à Madame Castafiore que ce n’est pas une couverture pour elle… pas faciiile!

Bon, je passe aussi toutes les étapes de repassage, de coupage de fils, de remise en place de tous les carrés et rectangles, de tous les problèmes de fils qui s’emmêlent et qui demandent de tout découdre et de recommencer. Ce serait très long pour rien… Presque aussi long que de le faire.

Les rectangles sont assemblés en carrés et les nouveaux carrés en autres rectangles et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une couture à faire entre deux gros morceaux. Et là, tu souffles en te disant que t’es ben ben bonne et patiente! Restera à acheter la flanelle pour mettre en dessous et le molleton pour l’intérieur. Oh! Et les tissus pour faire une bordure sur le dessus et le biais (rebord qui retient toutes les couches). Ouf! C’est presque fini, hein? …

Quatre morceaux courtepointe rose-bleue Courtepointe rose-bleue dessus

 

J’ai accompli tout ça en plus d’une super ronde de 9 jours consécutifs à aller au Camellia Sinensis. Quel bonheur de retrouver mon rythme. J’ai mieux travaillé que les semaines précédentes. Et je ne me suis pas tapée sur la tête parce que je me levais trop tard. Belles semaines entourée d’amis, de vrais bons amis qui sont là quand il faut et qui savent nous prendre dans leurs bras quand ça ne va pas… et rire quand c’est ce dont on a besoin. Au Camellia, j’oublie tout. Je n’ai pas de dépression, je n’ai pas de TDAH, je n’ai pas de problèmes, je suis là, il y a mon thé et ma famille d’adoption. Le bonheur. Vous ne connaissez pas? Foncez… FONCEZ!

Les griffes d'un woolong Le dragon-thé Créature malicieuse

Sous le nez d’un dragon, des griffes et des nuages. Et sur le dragon, une créature malicieuse… vraiment malicieuse!

Hier soir, soirée Les visages de la santé mentale dont je vous ai tant parlé. Mon portrait a été mis à l’encan. Ma mère l’a acheté pour me l’offrir. Il trône dans mon couloir d’ici à ce que je lui trouve une place de choix. Je l’ai placé quelques minutes sur ma machine à coudre pour pouvoir lui tirer le portrait. Elle ne restera pas là, trop peur que les minous lui donnent son coup de grâce. Mais je la regarde tandis que j’écris ce billet et je me dis, ouais, c’est un sacré gros combat que je mène et cette photo c’est un peu une victoire.

Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte par Patrick Lemay

Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte par Patrick Lemay

Sur l’étiquette en bas à droite, il est écrit:

« J’ai toujours trouvé que j’avais un petit air d’extraterrestre, malgré mon côté pétillant, souriant et battant!

Derrière mon sourire, beaucoup de souffrance.

À 29 ans, j’ai explosé en larmes chez mon médecin. Il a compris que je ne me plaignais pas depuis l’âge de 13 ans pour rien. Fatigue, difficulté à me concentrer, introspection excessive, anxiété, tristesse, difficulté à lire, dégoût de la routine, besoin de bouger, temps et efforts nécessaires pour me mettre à la tâche: je n’ÉTAIS pas paresseuse, j’AVAIS une dépression et un TDAH! On m’avait entendue, comprise. Enfin, je ne me battrais plus toute seule.»
Portrait de Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte photographiée par Patrick Lemay
LES VISAGES DE LA SANTÉ MENTALE – 5 mai 2014 – Montréal

J’ai accompli tout ça en quelques semaines et je suis fière de retrouver mon entrain, mon humour, ma gourmandise, mon envie de tout plein et de trop plein! Les gens se plaignent de la température. C’est qu’ils ne savent pas comme l’hiver est long dans les ténèbres. Moi je trouve que ce printemps est parfait. Des journées pour tous les goûts. Et du soleil, enfin, jusque tard le soir. Je ne me sens plus coupable.

Je crois que les traitements d’ostéopathie et les Omégas-3 aident énormément. Je me sens mieux, vraiment mieux. Mais j’ai peur d’utiliser ces mots-là… je les ai tellement dits souvent avant de replonger un peu plus bas. C’est pour ça que je me calme. Que je calme mon tourbillon. Doux, doux, tourbillon. On va valser, encore, sans s’étourdir, cette fois. Ok? Ok.

J’ai perdu le fil?

Une journée de solitude que je passe comme les autres. Lecture (nouveau grand succès pour moi, je suis re-capable de lire des romans au complet et à une vitesse semi-normale. Grande victoire devrais-je dire… surtout pour une éditrice), tricot, courtepointe, repos, repos et repos.

J’ai perdu le fil. Comment les gens « normaux » vivent-ils leurs fins de semaine? Comment fait-on pour sortir de la routine la fin de semaine alors qu’on est en démarche pour la reconstruire?

J’ai perdu le fil. Je n’ai pas beaucoup écrit sur mes blogues ces derniers temps. Est-ce déjà l’attrait de la nouveauté qui fond? Qui fond au rythme où la neige tombe? Mon bonheur, lui il ne tombe pas. Je suis contente du chemin que j’emprunte. Mais…

J’ai perdu le fil. Je ne sais pas si les chemins que j’ai empruntés me mènent à moi. Forcément, ils mènent à moi. Qu’est-ce que je dis là! Mais mènent-ils à ce que je veux de moi? J’ai des tas de passions, mais aucune ne semble porteuse d’un projet de vie suffisamment rentable pour vivre au-delà du mode survie. Je ne sais pas ce pour quoi je suis faite. Peut-être n’est-on fait pour rien d’emblée et nous fabriquons-nous des raisons d’être et de créer au cours de notre vie? Dans quoi me vois-je?

J’ai perdu le fil de mon histoire. De mon tricot. Les mailles se resserrent où elles étaient trop lâches et se relâches où elles étaient trop serrées. C’est bon. Je sais que c’est bon. Il y a des jours de grisailles où la lumière blanche perce quand même jusqu’à nous. Des jours nuances. Des jours silences.

J’ai perdu le fil de mes histoires. Je ne sais plus écrire. Je ne sais plus quoi écrire. Ni pourquoi. Comment avoir envie d’écrire à nouveau alors que les ventes faiblissent comme un cœur qu’on n’a pas nourri? On n’écrit pas pour l’argent. Mais on écrit quand même pour être lus. Et le doute me prend, fort et inébranlable, qui suis-je donc pour me déclarer écrivaine? Qui lit et aime vraiment mes livres? Est-ce suffisant pour continuer? Suis-je capable de m’imaginer sans l’écriture? Non. Bien sûr que non. Que se passe-t-il alors que mes mots ne se métamorphosent plus en histoires? J’ai de l’avance sur mes éditeurs. Ça me coupe l’inspiration. Vont-ils encore vouloir me publier? J’aurais tellement envie d’écrire une histoire de papillons qui m’emporterait plus vivement que ce fil que je m’acharne à retrouver.

Peut-être ce fil perdu n’est-il pas perdu? Peut-être a-t-il simplement changé de couleur? Je vais le suivre encore un peu. En silence, cette fois. Peut-être me chuchotera-t-il quelques douceurs à l’oreille.

À propos de ce nouveau site!

Jouer avec les mots, écrire sa vie et celle des autres, jongler avec ses passions et créer un monde qui goûte le woulong vert et le chocolat au caramel.

S’encourager en parlant des projets qui avancent et de ceux qui stagnent. Des livres en écriture, mais aussi des tricots, peluches et autres projets d’artisanat.

Oui, ce site est bien celui de l’écrivaine pour enfants. De l’écrivaine tout court, qui poétise, qui écrivaille, qui tortille les mots, les récits et les réalités pour les moins enfants aussi. L’écrivaine qui, par ailleurs, vend, oh! ciel, le gros mot, ses créations.

Oh! Et elle a un chat. Madame Castafiore parle des fois. Laurence lui parle souvent. Elle en parle tout le temps. Elle en parlera ici!