Courtepointe poétique – l’histoire

En mars dernier, on me confirmait que mon projet de courtepointe poétique était retenu dans le cadre de Page blanche, une initiative du RACRPP (Regroupement Arts et Culture de Rosemont – Petite-Patrie). J’étais aux anges! Pour le projet et aussi parce que j’avais enfin le droit d’acheter du tissu (je m’étais interdit tout achat de tissus tant que je n’aurais pas terminé au moins 2 projets textiles).

Le projet Page blanche

375 secondes de silence avec des inconnus dans deux parcs
375 minutes de présence dans les parcs
375 ans de Montréal

Une oeuvre créée à partir de ces rencontres.

Voilà, en gros, ce que proposait l’appel de projets du RACRPP.

Ma proposition:

Au bout de ces 375 secondes de silence avec des inconnus, leur demander d’écrire un mot sur un carré de tissu. Puis, assembler de mon côté une courtepointe de manière à créer un poème avec les mots choisis.

Le processus

Après une rencontre avec Louis-Antoine Blanchette, coordonnateur général du RACRPP, la signature du contrat et la confirmation de ma date d’événement du 8 juillet, j’ai pu commencer à organiser mon projet.

La première étape: choisir les tissus.

J’ai opté pour des carrés de tissus 10″ x 10″ en précoupé. Ça sauve du temps et ça permet d’avoir une variété de couleurs et motifs. J’ai choisi deux paquets pour combiner des tissus unis avec des tissus à motifs.

Pour les tissus à motifs, j’y suis allée pour le Sun Print 2016 Sundaes de Alison Glass pour Andover Fabric. Les couleurs vives et les motifs discrets (il faudra après tout écrire sur les tissus!) m’ont tout de suite charmée. Et le tout s’agençait parfaitement au Kona Cotton Paintbox Basics Coordinates Ten Squares d’Elizabeth Hartman pour Robert Kaufman. Finalement, le dos de la courtepointe sera gris pour équilibrer toutes les couleurs vives du devant: Free Fall – Battleship par Tula Pink pour Free Spirit Fabrics.

Le mélange de tout ça est parfait!

20170525_142403_HDR

Quelques jours avant l’événement, j’ai rencontré Floriane Davin, la médiatrice qui m’accompagnerait le 8 juillet. On a discuté de certains points qui me chicotaient encore: je fais écrire les gens sur du papier et je transcris sur les tissus moi-même? Je leur demande d’écrire sur les tissus directement (au risque qu’il y ait des fautes ou des écritures illisibles)? Finalement, on a opté pour le papier que j’épinglerais au tissu de leur choix. Floriane m’a proposé aussi quelques détails intéressants pour rendre l’activité plus visuellement attrayante.

Mon matériel était prêt, j’étais prête, le jour J arrivait!

L’activité du 8 juillet

La météo nous a fait bien peur: le petit matin commence avec des orages violents et une pluie intense. Heureusement, tout s’arrête une heure avant l’événement. Prévoyante, j’ai mis une serviette dans mon sac pour essuyer les structures de bois dans lesquelles nous recevrions les gens.

Pour l’avant-midi, nous prenons place au parc du Pélican.

Floriane et moi installons une corde sur laquelle nous étendons les carrés de tissus. Une corde à linge colorée pour couper la grisaille de la journée.

20170708_093403_HDR20170708_120601_HDR

À 9h30, nous sommes prêtes à accueillir les gens. Mais un autre obstacle nous attend: une machine infernale coupe le pavé à quelques pas de nous! Message_1499523455901

Heureusement, le bruit arrête juste comme les premiers participants s’arrêtent.

Quand un participant arrive, je lui explique mon projet et je lui remets un carnet dans lequel la personne peut écrire pendant son silence. Puis, je pars la minuterie. Au bout du silence, nous discutons un peu. Je remets une page blanche et des crayons à la personne pour qu’elle écrive un mot ou deux en lien avec son expérience silencieuse. Je lui demande ensuite de choisir un tissu et j’épingle son mot sur le tissu. Et c’est au tour du suivant.

J’ai rencontré 7 personnes ce matin-là.

Pause dîner. Je terminais la première partie de la journée à 12h30 et je devais commencer à un autre parc à 15h30. J’avais donc beaucoup de temps pour me détendre avant l’après-midi. J’ai mangé vite fait et je suis partie vers le métro Jean-Talon pour m’étendre dans un parc. À ma sortie du métro, l’averse intense m’a fait changé d’idée. Je me suis réfugiée dans un café et j’ai attendu (espéré…) que ça passe. 20 minutes avant de partir, la pluie s’est arrêtée et le gros soleil chaud s’est mis au travail pour sécher les dégâts. Vraiment, nous avons été chanceuses avec la météo cette journée-là.

Le parc Bélanger-Châteaubriand était bien différent du premier parc. Nous avons tout de même trouvé un moyen d’étendre notre corde à linge et c’était reparti pour l’après-midi.

20170708_165222_HDR

J’ai réussi à rencontrer 17 personnes en tout, enfants comme adultes.

En cours de matinée, j’ai décidé de donner un mot, moi aussi, pour chacune des rencontres. Comme certaines personnes sont passées ensemble, j’ai choisi 14 mots.

Fière (et épuisée) de ma journée, je suis rentrée à la maison avec mon butin.

Le travail de courtepointe

Je n’ai pas pu attendre le lendemain avant de commencer à travailler sur mon poème.

J’ai noté tous les mots sur des papiers et je les ai étendus sur ma table pour jouer avec les images et les sons.

20170708_213019_HDR

Après quelques essais, j’avais une bonne idée du placement des mots. J’ai vérifié avec Aimée Lévesque, une amie poète (qui tient un blogue fabuleux pendant son voyage), que ça tenait la route. Elle m’a proposé quelques modifications et le lendemain je tenais mon poème.

Il fallait maintenant s’assurer que les tissus correspondant aux mots s’harmonisaient.

J’ai donc étendu les tissus les uns à côté des autres… IMG_20170709_150641

… et après plusieurs changements (facilement réalisables parce que les mots que j’avais choisis n’étaient pas associés à des tissus en particulier et il y avait des trous à combler par des tissus vides), j’étais bien contente du résultat.

Aujourd’hui, je suis presque prête à coudre tous ses carrés ensemble. Presque…

Il me reste à:

Délimiter l’espace où je vais écrire les mots sur les tissus.

IMG_20170710_200708

Choisir la calligraphie et le bon crayon.

20170711_144533_HDR

Transcrire les mots sur les tissus (j’ai tellement peur de gâcher un tissus!)

Repasser tous les tissus pour fixer l’encre du crayon.

Et enfin coudre!

Il y aura une exposition de toutes les oeuvres du projet Page blanche en octobre (je vous partagerai l’information). En attendant, je vous invite à participer aux prochaines rencontres.

J’ai adoré faire ce projet. Je me promets de retenter l’expérience bien assez vite!

Publicités

Le vent souffle

Le vent râle.
Il a tourbillonné dans mes cheveux et détourné mes pensées.
Il a soufflé les nuages comme on souffle une vie qui passe
Et qui pousse ses malheurs jusqu’à notre dernière peur.

Des vents qui sèment. Des vents qui reprennent.
Des vents qui nous frottent le dos le temps que s’apaisent nos doutes.
Il y a ces grands vents qui ne nous déracinent pas.

Le vent s’est perdu entre les édifices.
Il chante une ritournelle d’autoroute et de fin du Nord.
Les lumières l’accompagnent et les flocons jouent les rideaux.
Tout est en harmonie.
Moi compris.

Il y a cette vie qui s’est éteinte.
Je ne l’ai pas connue.
Ce soir, elle m’a émue.

Il manque des mots à ma langue

Il manque des mots à ma langue.

Il me manque des mots d’amour.
Pour dire «je t’aime», mais surtout pour le croire.

Il me manque des mots pour décolérer.
Des mots pour crier non, pour penser autre chose que «je suis désolée».
Des mots pour me faire entendre sans hurler, sans murmurer non plus.

Il me manque des mots pour pleurer.
Pleurer ma solitude, mon féminisme bafoué, mon impuissance.
Pour pleurer l’injustice, la peine des autres, cette haine qu’on cultive entre humains.

Il me manque des mots pour finir.
Rompre une relation compliquée.
Terminer une tâche de belle façon.
Clore une discussion.

Il me manque de mots pour partir.
Partir sans revenir. Partir sans porter le poids des autrefois.

Il me manque.