Je suis toujours en retard

Quiconque me connaît un peu sait que j’ai bien du mal à être à l’heure. Je n’arrive pas à l’expliquer. Je ne prévois pas l’imprévu, j’en mets toujours trop dans mon assiette et j’utilise chaque moment libre pour « faire quelque chose » même s’il me reste 2 minutes avant de partir. Bref, je ne suis pas ponctuelle et j’utilise la généralisation excessive pour expliquer ça!

Ce préambule, et mea culpa, me permet d’introduire mon bilan de l’année… en cette fin de mars.

J’aime bien faire des bilans. Ça permet de retenir le positif, de ressortir ce qui a vraiment été important parmi tous les faits divers auxquels on donne trop d’attention. C’est aussi un bel exercice d’écriture.

Je ne sais pas pourquoi je brette à écrire ce bilan. Il est très positif, le bilan de 2015. Le premier vraiment positif depuis 4 ans. C’est pas rien!

Je n’arrive plus à me rappeler de janvier ou février 2015. Ma belle année a commencé en avril. C’était la fin de mon emploi chez Somme toute/Tête première. J’étais triste de ne pas me replacer dans le milieu du livre. Je le suis encore. Mais c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

Janvier et février, ça me revient, j’étais en couple. Ça n’a pas duré, mais ça m’a donné beaucoup. Et ça m’a permis d’être prête à accueillir dans ma vie mon amoureux. J’avais du chemin à faire et je l’ai fait.

Côté création, j’ai travaillé fort. En plus de m’adapter au 9 à 5, j’ai eu le temps d’éditer le premier livre de Marc Cassivi, de coudre deux courtepointes, de créer 20 toutous (toujours sous mon aiguille, par contre!) et de travailler sur le projet Lire en famille à Longueuil avec l’entreprise que je mène avec mère, Les ateliers du vendredi. Ouf!

J’écris un peu parmi tout ça. Mais pas assez à mon goût. Je ne forcerai pas les choses. Je vais garder mon énergie pour ce texte qui a été accepté par une maison d’édition européenne.

Une chose à la fois. C’est mon mantra! J’essaie de l’appliquer. C’est pas si simple! J’échoue souvent, pour être honnête! Mais j’avance. De moins en moins de médication, de plus en plus de contrôle sur mon hygiène de vie. Je m’en sors. J’ai la tête hors de l’eau. Et j’apprends à nager. Ça demande des efforts constants, je n’ai pas le droit de relâcher la garde. C’est là tout le défi: travailler à ce que ça devienne naturel.

2016 est bien entamée. Je me souhaite des contrats. Je me sens plus solide et, même si j’adore mon travail, j’espère un jour redevenir travailleuse autonome. Je sais que je suis capable de retourner à ce mode de travail.

À suivre!

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Aide-toi et le ciel t’aidera… mais pas le gouvernement!

Aujourd’hui, je marchais en me rendant au café. Il faisait beau. J’ai laissé une douillette chez le nettoyeur. Fière! Ça fait plus d’un an que je voulais laisser cette douillette chez le nettoyeur.

Puis, je suis passée devant le cinéma et me suis dit que je reviendrais plus tard voir un film que je choisirais au hasard. Juste parce que je peux.

En poursuivant ma route jusqu’au Mousse Café, j’ai réalisé comme j’avais retrouvé mon petit plaisir dans les petites choses. J’ai retrouvé mes bonheurs. Je me suis retrouvée. J’ai pris une grande inspiration et je me suis sentie bien, pleine, vivante!

J’ai commencé à travailler vers 10h. Très tôt pour moi. Je commence rarement avant midi. 5h par jour, 3 jours par semaine. Un peu plus les semaines où je me sens bien. Plus mes heures d’écriture, de travail sur mon blogue et sur mes autres projets. J’approche doucement de la trentaine d’heures par semaine, dont 15 payées.

Je ne cherche pas à faire pitié ou à dire qu’on est donc mal payé quand on est artiste. On le sait. Non, j’essaie de dépeindre ma situation: celle d’une personne en retour progressif au travail que les programmes d’aide oublient.

Je gagne environ 1100$ par mois. Là-dessus, je dois tout de suite soustraire 520$ pour mon loyer (un chèque de paie au complet, il ne me reste que 48$ une fois le loyer payé) et 100$ pour mes médicaments. Il me reste trois fois rien pour la bouffe, les transports, les soins des chats et les rares petits plaisirs que je m’offre, parce qu’il est important pour ma santé et mon équilibre que je sorte de chez moi, que je voie des amis, que je m’offre ces rares petits plaisirs. Je n’abuse pas. Une pinte de cidre ici, deux ou trois thés au Camellia Sinensis par mois…

J’ai décidé de prendre les choses en main. J’ai appelé notre cher gouvernement pour voir s’il n’y a pas une mesure toute faite pour moi.

Ben non! Y’en a pas! En plus de me farcir le ton désagréable de la dame au téléphone (l’air de dire, ben non, fille, on n’a rien pour toi, faut que je te le dise combien de fois?), je me fais dire que je n’ai pas le droit à l’assurance emploi parce que j’étais travailleuse autonome, que je n’ai pas le droit à l’aide sociale parce que je travaille trop et que je n’ai pas le droit à l’allocation-habitation parce que je n’ai pas 52 ans et plus. «On n’a rien pour vous, madame!» me dit-elle comme si ce n’était pas grave. Bon, ce n’est pas si grave. Mais c’est déplorable qu’on n’aide pas les gens qui s’aident. Qui travaillent fort pour revenir sans tomber. Qui luttent pour gagner leur croûte malgré des incapacités. Je n’arrive pas à travailler dans un cadre professionnel plus de 15 heures semaines. Les semaines où j’ai essayé d’en faire plus, je suis retombée. Je dois prendre les bouchées une à la fois et il n’existe pas d’aide pour moi.

Ce n’est pas grave. Je ne suis pas à l’article de la mort et je ne meurs pas de faim non plus. J’arrive à joindre les deux bouts parce que j’ai des parents incroyables qui veillent sur moi. Mais que fait-on quand nos parents ne peuvent pas nous soutenir? Que fait-on quand on n’a pas l’entourage qui nous sort du trou quand il manque un 100$ pour terminer le mois?

Gouvernement, on dit « Aide-toi, le ciel t’aidera. » Peut-être que tu n’es pas le ciel, finalement…

Un tourbillon calme

Je suis (devenue) un tourbillon calme. Les choses vont et viennent dans tous les sens. Mais je marche droit. Enfin, c’est ce qu’il me semble. Les pas sont lents et pas aussi nombreux que je le voudrais, mais ils avancent, dynamiques et synchronisés.

Je danse, je ne marche pas. Une valse, c’est certain.

Ces dernières semaines, j’ai accompli. Accompli! Des choses. Plein de choses.

D’abord, je viens de remettre deux textes à mon éditeur. Youppili youppilaï! Ils en ont donc quatre entre les mains. J’ai hâte d’en avoir des nouvelles! Ce sont deux titres dans la collection des Trognons. Après Léa, Nathan, Emma et Gabriel, il y avait déjà Juliette et Mathis qui attendaient… voilà que se rajoutent à eux Olivier qui veut un bébé et Romane qui veut devenir un poisson. J’avance dans cette série et je sens que je prends mes aises. L’écriture est de plus en plus facile. J’ai accepté que les premières versions seraient nécessairement très mauvaises et que ce serait entre la version 4 et 5 que je verrais apparaître une histoire présentable à un éditeur. Cette fois-ci, je me suis rendue à 7 versions. J’attends les commentaires de l’éditeur, il y aura, c’est sûr, beaucoup plus que 7 versions! En tout cas, ça me rend heureuse d’avoir terminé ça.

Mitaines tricotéesJ’ai terminé mon premier contrat de tricot: des mitaines! Le patron était un vrai défi pour moi: en anglais, avec des torsades et tout plein de points que je n’avais jamais faits avant. Je m’en suis pas mal bien tirée. Même si, rendue à la moitié de la mitaine gauche, je me suis rendue compte que j’étais en train de tricoter une deuxième mitaine droite… Détricoter fait partie du jeu… et comme je le dis à mes élèves: ne t’attache pas à ton tricot, tu vas sûrement devoir le défaire plusieurs fois avant que ce soit la bonne! Ben ça m’arrive aussi, hein!

 

Courtepointe LéonardJ’ai aussi terminé et envoyé la courtepointe sur laquelle je travaille depuis août dernier (hum… 10 mois, donc!) Pas mal fière du résultat. Elle était destinée à Léonard Gentil, le fils de mon frérot suisse. Elle a donc voyagé jusque là-bas et fait un bébé content! Et des parents aussi. Je peux vous la présenter maintenant qu’elle a été reçue. Qu’en pensez-vous?

 

 

 

Carrés courtepointe rose-bleueComment fait-on une courtepointe? Je me suis amusée à détailler la confection du dessus d’une nouvelle courtepointe. D’abord, on coupe les ti-carrés. Ensuite, on les mets côtes à côtes et on essaie de voir à quoi ça pourra ressembler. Puis, j’ai cousu les carrés deux par deux. C’était mon étape 1 (2-3-4… hum!).

Madame Castafiore courtepointe rose-bleueÉtape suivante, assembler les rectangles et essayer de faire comprendre à Madame Castafiore que ce n’est pas une couverture pour elle… pas faciiile!

Bon, je passe aussi toutes les étapes de repassage, de coupage de fils, de remise en place de tous les carrés et rectangles, de tous les problèmes de fils qui s’emmêlent et qui demandent de tout découdre et de recommencer. Ce serait très long pour rien… Presque aussi long que de le faire.

Les rectangles sont assemblés en carrés et les nouveaux carrés en autres rectangles et ça va comme ça jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une couture à faire entre deux gros morceaux. Et là, tu souffles en te disant que t’es ben ben bonne et patiente! Restera à acheter la flanelle pour mettre en dessous et le molleton pour l’intérieur. Oh! Et les tissus pour faire une bordure sur le dessus et le biais (rebord qui retient toutes les couches). Ouf! C’est presque fini, hein? …

Quatre morceaux courtepointe rose-bleue Courtepointe rose-bleue dessus

 

J’ai accompli tout ça en plus d’une super ronde de 9 jours consécutifs à aller au Camellia Sinensis. Quel bonheur de retrouver mon rythme. J’ai mieux travaillé que les semaines précédentes. Et je ne me suis pas tapée sur la tête parce que je me levais trop tard. Belles semaines entourée d’amis, de vrais bons amis qui sont là quand il faut et qui savent nous prendre dans leurs bras quand ça ne va pas… et rire quand c’est ce dont on a besoin. Au Camellia, j’oublie tout. Je n’ai pas de dépression, je n’ai pas de TDAH, je n’ai pas de problèmes, je suis là, il y a mon thé et ma famille d’adoption. Le bonheur. Vous ne connaissez pas? Foncez… FONCEZ!

Les griffes d'un woolong Le dragon-thé Créature malicieuse

Sous le nez d’un dragon, des griffes et des nuages. Et sur le dragon, une créature malicieuse… vraiment malicieuse!

Hier soir, soirée Les visages de la santé mentale dont je vous ai tant parlé. Mon portrait a été mis à l’encan. Ma mère l’a acheté pour me l’offrir. Il trône dans mon couloir d’ici à ce que je lui trouve une place de choix. Je l’ai placé quelques minutes sur ma machine à coudre pour pouvoir lui tirer le portrait. Elle ne restera pas là, trop peur que les minous lui donnent son coup de grâce. Mais je la regarde tandis que j’écris ce billet et je me dis, ouais, c’est un sacré gros combat que je mène et cette photo c’est un peu une victoire.

Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte par Patrick Lemay

Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte par Patrick Lemay

Sur l’étiquette en bas à droite, il est écrit:

« J’ai toujours trouvé que j’avais un petit air d’extraterrestre, malgré mon côté pétillant, souriant et battant!

Derrière mon sourire, beaucoup de souffrance.

À 29 ans, j’ai explosé en larmes chez mon médecin. Il a compris que je ne me plaignais pas depuis l’âge de 13 ans pour rien. Fatigue, difficulté à me concentrer, introspection excessive, anxiété, tristesse, difficulté à lire, dégoût de la routine, besoin de bouger, temps et efforts nécessaires pour me mettre à la tâche: je n’ÉTAIS pas paresseuse, j’AVAIS une dépression et un TDAH! On m’avait entendue, comprise. Enfin, je ne me battrais plus toute seule.»
Portrait de Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte photographiée par Patrick Lemay
LES VISAGES DE LA SANTÉ MENTALE – 5 mai 2014 – Montréal

J’ai accompli tout ça en quelques semaines et je suis fière de retrouver mon entrain, mon humour, ma gourmandise, mon envie de tout plein et de trop plein! Les gens se plaignent de la température. C’est qu’ils ne savent pas comme l’hiver est long dans les ténèbres. Moi je trouve que ce printemps est parfait. Des journées pour tous les goûts. Et du soleil, enfin, jusque tard le soir. Je ne me sens plus coupable.

Je crois que les traitements d’ostéopathie et les Omégas-3 aident énormément. Je me sens mieux, vraiment mieux. Mais j’ai peur d’utiliser ces mots-là… je les ai tellement dits souvent avant de replonger un peu plus bas. C’est pour ça que je me calme. Que je calme mon tourbillon. Doux, doux, tourbillon. On va valser, encore, sans s’étourdir, cette fois. Ok? Ok.

Les visages de la santé mentale

La santé mentale. Voilà un sujet dont on voudrait être capable de parler et d’entendre parler, mais qu’on a bien du mal à regarder en face tant il nous met mal à l’aise. Que dit-on à un dépressif? Ça va aller? Va prendre une marche? Fais un effort, un tout petit pas? Écoute-toi? Comment réagit-on à une personne qui délire devant vous, convaincue que les ondes dont elle vous parle existent bel et bien? Quand faut-il confronter les craintes incessantes de l’anxieux? Avons-le tous pour une fois: on le sait foutrement pas quoi dire et quoi faire, c’est ça qui nous met mal à l’aise. Ça et la peur de savoir que ça pourrait bien nous tomber dessus aussi… on préfère pas le voir.

Lundi prochain a lieu un événement hors du commun où vous voulez être:

Dans le cadre de la semaine de la santé mentale, Stéphanie Deslauriers et Julie Philippon vous invitent à une soirée toute spéciale qui aura lieu dans un endroit mythique de Montréal, le Lion d’Or.

Cinq conférences vous seront offertes par Christine MichaudSophie LegaultJulie VinceletteDanielle Verville et Guylaine Guay, porte-parole de l’événement. Elles vous partageront généreusement leur vécu tant comme personne ayant eu une problématique de santé mentale que comme proche touché par cette réalité.

Une exposition photographique de Patrick Lemay mettant en scène 13 différents portraits de la santé mentale sera mise à l’encan silencieux.

Tous les profits de la soirée seront offerts à l’organisme Les Impatients, qui vient en aide aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale par le biais de l’expression artistique via des ateliers de création. Plus de 450 personnes en profitent chaque semaine. Une animatrice des Les Impatients sera également sur place pour parler de son travail avec les participants.

Quand ? Le lundi, 5 mai 2014, à 19h
Où ? Cabaret Lion d’Or, 1676, rue Ontario Est, Montréal
Prix ? 25 $
Achat de billets en ligne : https://secure.lavitrine.com/consolidateur_secure/?showingID=260769&lang=0

Besoin d’autres arguments? Julie Vincelette La Presse +

Pour suivre les détails de l’événement, facebook est là!

Pour ma part, je vais mieux. Beaucoup mieux. J’avais écrit ce petit texte il y a deux mois. Je ne l’ai jamais publié. Je le relis et j’ai du mal à me rappeler l’état dans lequel j’étais quand je l’ai rédigé. À ce point, mieux!

Je suis fatiguée. Au mois de novembre, après le salon du livre de Montréal, j’ai eu une grosse crise qui m’a amenée chez mon médecin. Elle m’a référée en psychiatrie pour évaluation. Enfin! Le problème, c’est que le temps d’attente pour un psychiatre est très long. On m’a donné la cote la plus élevée d’urgence pour la liste d’attente: même si je ne suis pas suicidaire, dans mes crises dépressives, je perds espoir et je deviens non-fonctionnelle (je dors 16h par jours, je ne mange plus, je ne réponds plus au téléphone, je ne me donne même plus la peine d’annuler mes rendez-vous, je connais les craques de mon plafond par cœur.) Bref, on m’a attitré une infirmière clinicienne qui m’aide à mettre de l’ordre dans mon quotidien et qui me soutient d’ici à ce que je vois le psychiatre. C’est une joie, un soulagement, un petit bonheur. Oui oui!

C’est lundi prochain. Avez-vous acheté votre billet? Tout un événement en perspective et c’est pour une bonne cause. J’y serai, ma face et quelques membres de ma famille aussi. Ça me toucherait beaucoup de vous y voir.

J’ai perdu le fil?

Une journée de solitude que je passe comme les autres. Lecture (nouveau grand succès pour moi, je suis re-capable de lire des romans au complet et à une vitesse semi-normale. Grande victoire devrais-je dire… surtout pour une éditrice), tricot, courtepointe, repos, repos et repos.

J’ai perdu le fil. Comment les gens « normaux » vivent-ils leurs fins de semaine? Comment fait-on pour sortir de la routine la fin de semaine alors qu’on est en démarche pour la reconstruire?

J’ai perdu le fil. Je n’ai pas beaucoup écrit sur mes blogues ces derniers temps. Est-ce déjà l’attrait de la nouveauté qui fond? Qui fond au rythme où la neige tombe? Mon bonheur, lui il ne tombe pas. Je suis contente du chemin que j’emprunte. Mais…

J’ai perdu le fil. Je ne sais pas si les chemins que j’ai empruntés me mènent à moi. Forcément, ils mènent à moi. Qu’est-ce que je dis là! Mais mènent-ils à ce que je veux de moi? J’ai des tas de passions, mais aucune ne semble porteuse d’un projet de vie suffisamment rentable pour vivre au-delà du mode survie. Je ne sais pas ce pour quoi je suis faite. Peut-être n’est-on fait pour rien d’emblée et nous fabriquons-nous des raisons d’être et de créer au cours de notre vie? Dans quoi me vois-je?

J’ai perdu le fil de mon histoire. De mon tricot. Les mailles se resserrent où elles étaient trop lâches et se relâches où elles étaient trop serrées. C’est bon. Je sais que c’est bon. Il y a des jours de grisailles où la lumière blanche perce quand même jusqu’à nous. Des jours nuances. Des jours silences.

J’ai perdu le fil de mes histoires. Je ne sais plus écrire. Je ne sais plus quoi écrire. Ni pourquoi. Comment avoir envie d’écrire à nouveau alors que les ventes faiblissent comme un cœur qu’on n’a pas nourri? On n’écrit pas pour l’argent. Mais on écrit quand même pour être lus. Et le doute me prend, fort et inébranlable, qui suis-je donc pour me déclarer écrivaine? Qui lit et aime vraiment mes livres? Est-ce suffisant pour continuer? Suis-je capable de m’imaginer sans l’écriture? Non. Bien sûr que non. Que se passe-t-il alors que mes mots ne se métamorphosent plus en histoires? J’ai de l’avance sur mes éditeurs. Ça me coupe l’inspiration. Vont-ils encore vouloir me publier? J’aurais tellement envie d’écrire une histoire de papillons qui m’emporterait plus vivement que ce fil que je m’acharne à retrouver.

Peut-être ce fil perdu n’est-il pas perdu? Peut-être a-t-il simplement changé de couleur? Je vais le suivre encore un peu. En silence, cette fois. Peut-être me chuchotera-t-il quelques douceurs à l’oreille.

Moi, j’en parle.

Ce matin, j’ai vu ceci sur Facebook. Allez lire et revenez:

http://actualites.sympatico.ca/nouvelles/blogue/sante-mentale-mefiez-vous-des-apparences

J’ai écrit ce statut pour présenter le lien:

À mes amis et ma famille. À mon entourage qui trouve que je parle trop de ma dépression et de mon TDAH. À ceux qui m’ont dit que je devais lâcher facebook quand j’allais mal parce que ça rendait les gens mal à l’aise. À ceux qui ne parlent pas de ces choses-là.

En parler, sincèrement et ouvertement, c’est rester en vie.

Je ne serai jamais gênée d’avoir une maladie. Je ne serai jamais gênée d’en parler. Ce n’est pas pour tout le monde. Tant pis!

– Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte

J’aurais pu ajouter: « À tous les gars qui m’ont laissée de côté parce qu’ils m’ont considérée « folle et ingérable », sachez que moi, au moins, je le sais que je le suis et que je me guéris! Des bras aimant, de toute manière, ça aide souvent à ses gérer…
Toute la matinée, alors que j’ai répondu aux messages sous mon statut, je revenais à un texte que j’ai écrit hier, que je voulais lumineux et qui était triste, contre moi. C’est peut-être ça, la dépression. La lumière dans la noirceur. Je vous laisse juger.

(Premier jet)

Il y a ces textes que j’aimerais écrire.
Ce sentiment nostalgique, de tristesse pas dramatique, que j’aimerais définir.
Ma douce mélancolie. Que je défends comme une tigresse, rousse.
Rouge de griffes, griffée au sang.
Que je hais comme la pluie déteste l’arc-en-ciel. Casseur d’ambiance.
Une nuit de pluie, fine et mélodieuse. Une pluie d’étoiles sur les pavés.
Ça glisse, on glisse, on m’a désemparée.

Cette tristesse contre laquelle je me bats. Je veux réapprendre à être seule.
Apprécier les longues heures à parler à cet alter ego d’ombre et de lumière.
J’ai oublié comme on croque délibérément dans une solitude pêche. Une solitude qui m’apportait tant.

Maintenant, j’ai peur du noir.
Parce que le noir n’a de sens que s’il baigne dans une marée d’étoiles sur les pavés.

Mais, mais… S’il y a de la tristesse dans mes journées, il y a tant de vie dans mes mélancolies.
Elles sont joyeuses, aussi, mes heures grises, mes années de pluie.

J’aimerais pouvoir écrire.
Cette lumière dans les ombres ternes.
Les plaisirs d’un sans limite, même s’il ne goûte ni sucré ni salé, un sans limite qui n’est pas non plus amer ni acide.
Le plaisir, c’est ironique, d’un sans limite aseptisé et statique.
Il y a une vie derrière la catatonie et les yeux de verre.
Je vis.
Je le sais.
J’entends mon cœur qui bat. Si fort, si vite, si mélodieux, mon cœur.

Et toi, tu n’as rien vu de tout ça.
Tu m’as prise et vidée sans avertir, sans réaliser ma fragilité. Faut dire que j’aime bien la cacher. Elle n’est pas si sexy…
Je t’ai ouvert une porte que je gardais sauvagement fermée.
Comme une tigresse délaissée. Une tigresse rouge, au cœur égratigné.
Un cœur roux et fougueux, sans malice, bourré d’anis étoilée.
Du petit piquant que tu ne cherchais même pas.
Tu n’as pas pris le temps d’ouvrir la porte au complet. Elle n’était pas ouverte au complet.
Tu as choisi d’y poser le pied pour que je ne puisse plus la refermer.
Et tu es parti rompre la solitude ailleurs.
Mon petit cœur sur les pavés une nuit de pluie sans étoiles.

J’aimerais avoir les nuances qu’il faut pour exposer tous les brillants d’un cœur, de mon cœur, bleu bataille, vert de mer.
La lumière d’un œil qui veut battre la chamade, lui aussi. Qui voit même dans la plus profonde des pluies qu’on est encore loin du désastre.

Ce désastre que j’ai toujours pensé loi, d’ailleurs. Il m’a plié les genoux et fendu la poitrine.
Mais mon cœur est resté bien accroché.
Il a remonté la côte et s’est bercé un moment dans ma gorge.
Je ne l’ai pas recraché.
Bien établi, bien bâti, il ne s’arrêtera pas de battre même devant une solitude pleine d’amertume.
Il ne goûtera à rien, ni l’amer ni l’acide.
De cette vie , lumineuse pourtant, qui me tourne en bourrique.
Et je marche.
Sous la pluie.
Sur les étoiles du pavé par une nuit qui veille avec la lune.